Juste ValÚre Okologo « recadre » Bruno Ben Moubamba

DIG/ AccusĂ© d’incompĂ©tence et d’insubordination par le Vice-premier ministre en charge de l’Habitat dans un entretien au vitriol accordĂ© au quotidien l’Union, le directeur gĂ©nĂ©ral de la SociĂ©tĂ© nationale immobiliĂšre ( SNI) est sorti de sa rĂ©serve pour donner un petit cours pratique Ă  son patron de tutelle dont la mĂ©connaissance flagrante des textes administratifs plonge, selon lui, le dĂ©partement dans un climat exĂ©crable. 

L’entretien intĂ©gral

L’Union : Monsieur le Directeur GĂ©nĂ©ral, il semble rĂ©gner un climat dĂ©lĂ©tĂšre entre le MinistĂšre de l’Habitat et la SociĂ©tĂ© Nationale ImmobiliĂšre (SNI). Entretenez-vous personnellement des rapports conflictuels avec le Vice-Premier Ministre (VPM) en charge de l’Habitat ?

Juste ValĂšre Okologo W’Okambat : A priori, certains Ă©lĂ©ments de langage du VPM m’inclinent Ă  rĂ©pondre par l’affirmative. En effet, depuis son entrĂ©e en fonction, certains collaborateurs placĂ©s sous tutelle sont manifestement dans son collimateur. Les mots utilisĂ©s pour les qualifier ressortent du champ lexical du peu de considĂ©ration que le VPM leur porte. A ses yeux, ils apparaissent comme intouchables ou dĂ©tenteurs d’un titre foncier par rapport aux postes occupĂ©s. Pour les remplacer, il dĂ©clare urbi et orbi recourir Ă  l’appel Ă  candidatures. Le VPM tient des propos Ă  charge dans ses interventions Ă  la presse en ligne ou audiovisuelle me concernant. Ses commentaires sur les 100 milliards contractĂ©s auprĂšs de BGFIbank sont proprement tendancieux. De mĂȘme, me parviennent des lettres comminatoires sur ma prĂ©tendue insubordination Ă  son Ă©gard. Je ne parlerai pas de la suspension pour trois mois qu’il voulait m’infliger. Bref, et comme dirait l’autre, la coupe est loin d’ĂȘtre pleine. Le VPM ne rate aucune sortie dans les rĂ©seaux sociaux et les mĂ©dias pour me traiter de tous les noms d’oiseaux. Il diffuse sur sa page Facebook des messages me menaçant Ă  titre personnel pour des raisons qui m’échappent. Manifestement, ces Ă©lĂ©ments et faits sont constitutifs d’un acharnement voulu et orchestrĂ© contre ma personne. Pourtant, personnellement, je n’ai aucun problĂšme avec le VPM. Je respecte la fonction qui est la sienne. Mais je ne comprends pas les ressorts du ressentiment qu’il nourrit contre ma personne. En tant qu’homme, je ne l’ai jamais croisĂ© de ma vie, avant qu’il n’accĂšde aux responsabilitĂ©s qui sont les siennes aujourd’hui. Ses mots et agissements en mon endroit ont rendu nos rapports exĂ©crables. Ce n’est qu’un doux euphĂ©misme.

Dans un entretien Ă  charge accordĂ© Ă  notre rĂ©daction, le VPM affirme qu’il vous a adressĂ©, le 14 fĂ©vrier 2017, une note vous suspendant de vos fonctions pour une durĂ©e de trois mois. A la suite de cette note, le Conseil d’Administration de la SNI s’est rĂ©uni en session extraordinaire afin d’entĂ©riner cette dĂ©cision. Sauf que vous refusez depuis de vous soumettre Ă  cette injonction. Pourquoi cette insubordination ?

La suspension de fonction m’a Ă©tĂ© notifiĂ©e effectivement en date du 14 fĂ©vrier 2017 au prĂ©texte pris qu’à l’époque des enquĂȘtes Ă©taient en cours et que le gouvernement aurait diligentĂ© un audit.

Sur les enquĂȘtes, je puis indiquer avoir Ă©tĂ© entendu par les services compĂ©tents, Ă  l’instar des autres acteurs du Programme 3808 logements. Pour le VPM qui fait partie de mes contempteurs, audition rime avec culpabilitĂ©, balayant du coup la prĂ©somption d’innocence que le droit reconnait Ă  tout justiciable. Les enquĂȘtes n’ont rien rĂ©vĂ©lĂ© qui puisse corroborer une implication dĂ©lictueuse de la SNI et en particulier de son mandataire social que je suis. Les procĂ©dures lancĂ©es ont plutĂŽt eu le mĂ©rite d’établir et de situer les responsabilitĂ©s des uns et des autres. Quant aux audits engagĂ©s par le gouvernement, lorsque le VPM me vilipendait, elles Ă©taient loin d’avoir commencĂ©. Ma suspension aurait fait l’objet dit-il d’un examen et d’une validation par un Conseil d’administration extraordinaire de la SNI. Je m’inscris en faux contre ce mensonge. Je mets au dĂ©fi quiconque, et en particulier le VPM qui s’en fait l’écho, de produire Ă  votre journal la copie du procĂšs-verbal qui aurait sanctionnĂ© ses travaux et approuvĂ© la dĂ©cision de suspension qui me frappait. Sans me prĂ©valoir du mandat du Conseil d’administration pour prĂ©tendre parler en son nom et pour son compte, je puis me permettre de dire que j’en connais les membres. Conscient de la rigueur et du professionnalisme de ses hauts cadres de la RĂ©publique, je doute qu’ils auraient entĂ©rinĂ©, si elle leur Ă©tait soumise, une dĂ©cision irrĂ©guliĂšre – donc illĂ©gale. J’ai foi dans l’expĂ©rience et les compĂ©tences de ces compatriotes qui, aujourd’hui, composent le Conseil d’administration de la SNI. ReprĂ©sentant Ă  la fois l’actionnariat et les administrations de la RĂ©publique, ils font un remarquable travail de contrĂŽle de l’action de la Direction gĂ©nĂ©rale.En tout Ă©tat de cause, la suspension des collaborateurs est, me semble-t-il, un fait dont le VPM est coutumier pour ne pas dire champion. Je ne suis pas la seule victime de cette mesure. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du ministĂšre de l’Habitat, le Directeur gĂ©nĂ©ral de l’Habitat et du Logement, et le Directeur gĂ©nĂ©ral de la SNLS ont Ă©tĂ© suspendus et remplacĂ©s par des intĂ©rimaires. Je ne citerai pas le cas des responsables des services provinciaux qui ont Ă©copĂ© d’une mesure similaire. Ma suspension est la plus connue du public, du fait de sa mĂ©diatisation.

Quand le VPM souligne dans son interview l’insubordination dont je ferais montre, je pense qu’elle est la consĂ©quence des actes qu’il pose et des procĂ©dures qu’il engage au mĂ©pris des rĂšgles de l’art et dĂ©nuĂ©s de tout fondement probant et inattaquable. En tout Ă©tat de cause, toutes ses manƓuvres cachent mal un dessein inavouĂ© que je peux humainement comprendre, Ă  savoir l’envie, l’ambition du VPM de placer les siens Ă  la tĂȘte des organismes sous tutelle afin d’en contrĂŽler l’administration et les ressources. Mais la bonne rĂšgle commande que le VPM y parvienne en observant strictement les conditions et les formes qui prĂ©sident Ă  leur nomination. Je ne pense pas qu’il puisse y arriver seul sans l’imprimatur du Premier Ministre, ni l’aval en dernier ressort du PrĂ©sident de la RĂ©publique qui, en vertu de l’article 20 de la Constitution, pourvoit aux emplois civils et militaires en RĂ©publique Gabonaise.

 Le VPM met en cause votre management et dĂ©plore Ă©galement un mauvais suivi des dossiers, notamment celui concernant le programme de 3808 logements. Pourquoi les travaux sont aujourd’hui Ă  l’arrĂȘt, alors qu’ils ont Ă©tĂ©, affirme-t-il, entiĂšrement financĂ©s ? Et Ă  quand leur reprise Ă©ventuelle ?

(Rire). J’espĂšre que vous plaisantez. Je n’ai aucune leçon de management Ă  recevoir, surtout pas de lui. Mon vĂ©cu administratif et mon parcours professionnel plaident pour moi. Je peux me prĂ©valoir d’avoir servi le pays et son administration avec fiertĂ© et dĂ©vouement Ă  travers les mutations dont j’ai pu bĂ©nĂ©ficier tour Ă  tour comme chef de Service solde Ă  la TrĂ©sorerie gĂ©nĂ©rale, Agent comptable de l’UOB, 2e FondĂ© de Pouvoir du TrĂ©sorier Payeur GĂ©nĂ©ral, Directeur gĂ©nĂ©ral du Budget, Censeur supplĂ©ant Ă  la BEAC, membre des Conseils d’Administration de la Sogatra et du FIR, et Directeur gĂ©nĂ©ral de la SNI aujourd’hui. En tĂ©moignage des services rendus Ă  la RĂ©publique gabonaise, des distinctions honorifiques m’ont Ă©tĂ© dĂ©cernĂ©es Ă  l’image des mĂ©dailles d’honneur de la Gendarmerie nationale, Officier du MĂ©rite gabonais et Officier de l’Etoile Equatoriale. A supposer un seul instant que je sois un mauvais manager, lui qui prĂ©tend en ĂȘtre un, combien de logements comptabilise-t-il Ă  son actif depuis qu’il officie Ă  la tĂȘte du MinistĂšre de l’Habitat ? Rien, en dehors du temps qu’il passe Ă  signer des conventions avec des partenaires Ă©trangers sans lendemains, ni financements. Il affectionne les confĂ©rences de presse qu’il organise en longueur de journĂ©es, des effets d’annonces, des dĂ©clarations tonitruantes dans les mĂ©dias oĂč il se rĂ©pand en calomnies et dĂ©nonciations permanentes dĂ©nuĂ©es de preuves. Comme vous Ă©voquez le dossier des 3808 logements, il convient de rappeler pour la gouverne de votre lectorat qu’il s’agit d’un programme gouvernemental lancĂ© en 2012.

L’Etat soucieux de relancer par le logement l’économie du pays a confiĂ© Ă  la SNI la rĂ©alisation de cette opĂ©ration immobiliĂšre, une grande premiĂšre pour la SNI et le Gabon, en raison de son ampleur et de son maillage territorial. Avec l’appui de l’Etat, la SNI a contractĂ© pour une maturitĂ© de trois ans un emprunt de 100 milliards auprĂšs de BGFIbank pour financer la construction des logements individuels du Programme, soit 2504 unitĂ©s. Le reste, soit 1304 appartements devaient ĂȘtre pris en charge par le budget de l’Etat. Le Gouvernement s’est en outre portĂ© garant souverain du prĂȘt BGFIbank et payeur des intĂ©rĂȘts et commissions qui s’y rattachent. Font Ă©galement partie des obligations de l’Etat la fourniture Ă  la SNI du foncier viabilisĂ© et la rĂ©alisation des VRD des lotissements retenus. En 2014, malheureusement, le Programme s’arrĂȘte pour trois raisons : PremiĂšrement, l’interruption des dĂ©caissements par BGFIbank pour amener l’Etat Ă  mobiliser les 82 millliards destinĂ©s au financement des immeubles ; DeuxiĂšmement, le statut de la parcelle de NKOK (OPUS ONE) dont l’Etat n’a payĂ© que partiellement entre les mains de son propriĂ©taire le coĂ»t de cession ; et TroisiĂšmement, l’arrĂȘt par l’Etat des travaux d’amĂ©nagement des parcelles devant servir d’assiettes fonciĂšres aux constructions. Ce sont lĂ  les trois causes qui expliquent qu’en 2014 les chantiers s’interrompent.

NĂ©anmoins, dans le cadre de l’exĂ©cution du Programme, un dispositif a Ă©tĂ© mis en place pour le meilleur suivi des travaux et la garantie de leur qualitĂ©. Le choix des entreprises s’est fait par le biais des appels d’offres. Sur 81 soumissions, 32 entreprises ont Ă©tĂ© retenues sur des critĂšres de mieux-disant. Des avances de dĂ©marrage ont Ă©tĂ© concĂ©dĂ©es contre prĂ©sentation d’une caution bancaire exigĂ©e Ă  toutes les entreprises adjudicataires. Le contrĂŽle des travaux a Ă©chu Ă  Veritas et Socotec, deux bureaux de rĂ©putation internationale ainsi qu’à 8 sociĂ©tĂ©s spĂ©cialistes de l’ordonnancement, du pilotage et de la coordination (suivi des travaux). Pour leur part, MEABTP et STTAF se sont adjugĂ©s les travaux topographiques du Programme. En ce qui concerne la commercialisation du Programme, des dispositions ont Ă©tĂ© prises pour sanctuariser dans un compte sĂ©questre les dĂ©pĂŽts reçus des rĂ©servataires. Comme vous pouvez le constater, rien n’a prĂȘtĂ© le flanc au hasard, ni Ă  l’amateurisme. Que pourrait-on faire de mieux dans la gestion d’un Programme aussi important pour lui garantir les conditions optimales de transparence et de qualité ?

Alors à quand la reprise des travaux ?

Quant Ă  la reprise du Programme, elle est tributaire de la mobilisation du refinancement. Le VPM semble avoir trouvĂ© une solution financiĂšre : le recours au partenariat public-privĂ© (PPP).Mais je crois savoir que les PPP sont un mĂ©canisme oĂč une autoritĂ© publique fait appel Ă  des ressources privĂ©es pour financer un projet. C’est donc du partenariat gagnant-gagnant qui implique aussi des droits et des obligations synallagmatiques Ă  la charge des parties. Je ne vois pas, sur cette base, un investisseur sĂ©rieux apporter ses capitaux dans un projet, fut-il immobilier, sans se prĂ©occuper de sa rentabilitĂ© et ipso facto de sa marge bĂ©nĂ©ficiaire. Il doit s’assurer que son capital est sĂ©curisĂ© et que le retour sur investissement est garanti. Le partenaire exigera une contre partie. D’oĂč l’essence du partenariat. Chaque partie doit faire sa part. Or, en l’état actuel de la situation Ă©conomique et financiĂšre du pays, je ne sais pas si le Ministre en charge de l’Economie, qui, seul, engage l’Etat dans les contrats des PPP, dispose de suffisamment de marge budgĂ©taire pour honorer la contre partie publique.

Le VPM indique que le 2 dĂ©cembre 2016, il a Ă©tĂ© instruit par le Premier Ministre de rĂ©gler le diffĂ©rend qui vous oppose Ă  BGFIbank concernant les sept milliards de francs des rĂ©servataires du programme des 3808 logements. Pouvez-vous Ă©clairer l’opinion sur cette affaire ?

C’est exact. Des instructions du Premier Ministre ont Ă©tĂ© donnĂ©es dans ce sens. Mais votre question me donne l’opportunitĂ© de dire Ă  l’ensemble des rĂ©servataires du Programme les vifs regrets, la dĂ©solation et les excuses de la SNI suite Ă  l’arrĂȘt des travaux depuis 2014. Je puis les rassurer que le gouvernement de la RĂ©publique et la SNI travaillent Ă  la recherche des voies et moyens pour que la reprise soit effective. Actuellement, la SNI, le gouvernement et BGFIbank ont engagĂ© des discussions sur la situation des dĂ©pĂŽts des rĂ©servataires distraits du compte sĂ©questre qui les abritait Ă  l’effet d’honorer les engagements de l’Etat envers BGFIbank.

Le Ministre de l’Economie a Ă©tĂ© saisi par courrier du VPM sur la nĂ©cessitĂ© d’amener BGFIbank Ă  reconstituer les fonds du compte sĂ©questre et d’inscrire les sommes ainsi mobilisĂ©es au titre de la dette intĂ©rieure. Les diffĂ©rents Ă©changes sur cette Ă©pineuse question ont fait l’objet d’un procĂšs-verbal entre la SNI, sa tutelle et BGFIbank.

Votre mot de fin

Je tiens Ă  remercier votre organe, qui, dans un souci d’équilibrer l’information, s’est rapprochĂ© de la SNI.

Mais je tiens aussi Ă  marquer mon incomprĂ©hension et mon indignation quant aux diverses dĂ©clarations du VPM sur la SNI. Pourtant, dĂšs sa prise de fonction d’abord et sa visite du SiĂšge ensuite, il a Ă©tĂ© suffisamment instruit par mes soins de l’actualitĂ© des diffĂ©rents Programmes menĂ©s, des raisons de leur arrĂȘt, de leur mode de financement, de leur niveau de rĂ©alisation ainsi que des conditions de leur reprise.

Le VPM ayant, semble-t-il, la rĂ©putation de n’écouter personne, je m’autoriserai cependant de lui prodiguer un conseil qui tient en quelques mots : le respect des rĂšgles et procĂ©dures en vigueur est un gage de sĂ©rieux pour un responsable qui, comme lui, se recommande de la norme ; l’humilitĂ© et de la considĂ©ration pour autrui sont aussi des vertus dont il devrait faire siennes.

( Source : L’Union du 12 Mai 2017 )

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