DIG / La remise du rapport des 100 premiers jours au Chef de l’État, le 19 mai 2026, sonne comme un moment de vérité pour le gouvernement Oligui Nguema II.
Hermann Immongault a présenté une synthèse que le communiqué de la présidence qualifie de « globalement satisfaisante ». Formule commode.
Derrière elle, les vraies questions commencent.
Un satisfécit qui ne satisfait pas tout le monde
« Légèrement au-dessus des objectifs dans plusieurs secteurs » : on cherchera en vain les chiffres qui étayent cette affirmation. Pas d’indicateurs publiés, pas de tableau de bord rendu accessible, pas de hiérarchie des résultats.
Dans un pays où les ménages subissent encore des délestages à répétition, où les structures sanitaires en province manquent de l’essentiel, et où le coût de la vie reste la première préoccupation des Gabonais, le mot « satisfaisant » sonne creux.
Le bilan existe. Mais il n’est pas opposable et c’est précisément là que le bât blesse.
Les contre-performances que personne ne nomme
Le communiqué reconnaît pudiquement « certaines contre-performances dans l’exécution de quelques projets ». Sans nommer personne.
Pourtant, les secteurs en difficulté ne sont un secret pour aucun Gabonais. Philippe Tonangoye, à l’Eau et à l’Énergie, hérite d’un portefeuille à feu continu depuis des années, mais cent jours après sa reconduction, les coupures de courant persistent sans calendrier de résolution crédible rendu public.
Edgard Moukoumbi, aux Travaux Publics, cumule lui aussi une reconduction sans signal fort sur les chantiers prioritaires.
Thierry Minko, à l’Économie et aux Finances, porte la feuille de route la plus lourde : lutte contre la vie chère, mobilisation des recettes, stabilité macroéconomique, dans un contexte où les résultats tangibles pour le consommateur ordinaire restent encore à venir.
Qui devrait rendre son tablier ?
Le président de la République a posé ses exigences sans détour : efficacité, pragmatisme, impact concret. Ces trois mots tracent une ligne rouge.
Elza Ayo Bivigou, nouvelle venue à la Santé, avait l’avantage du regard neuf, mais cent jours ne suffisent pas encore à juger d’un secteur aussi sinistré.
En revanche, tout ministre dont le département n’a produit aucun acte concret mesurable dans ce premier trimestre se trouve en position fragile quelle que soit la qualité de ses intentions déclarées.
Les prochains mois diront si les reconductions étaient des paris gagnants ou des erreurs de casting.
Les 100 jours suivants seront sans appel
Le Chef de l’État a donné des « instructions fermes » pour accélérer les projets en cours. Dans la pratique gabonaise, cette formule a souvent précédé des remaniements.
Les ministres qui n’auront pas de résultats tangibles à présenter au prochain bilan n’auront pas grand-chose à négocier.
La culture de performance que Oligui Nguema appelle de ses vœux commence par un acte simple : se séparer de ceux qui ne performent pas.



