Agriculture : Pourquoi la jeunesse gabonaise boude-t-elle la terre ?

DIG / L’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima a été reçu, le 24 octobre 2026, par le chef de l’État.

Il y a plaidé pour une implication accrue des jeunes dans l’agriculture et l’élevage, présentés comme des filières d’insertion et d’autonomisation.

L’idée n’est pas nouvelle. Mais pourquoi, malgré les discours, les jeunes ne s’y engagent-ils pas ?

Un pays qui importe ce qu’il pourrait produire

Le Gabon a importé plus de 382 milliards de FCFA de produits alimentaires en 2023, soit près de 20 % de ses importations totales.

Sur 2021-2023, la CNUCED estime sa facture à 506 milliards de FCFA, derrière le Cameroun et devant le Congo.

Pour le seul riz, la dépense atteint 41 milliards de FCFA par an, contre 8 milliards en 2019.

Dans le même temps, le chômage touche 34 % des 15-24 ans selon l’ENEC 2024.

Le gisement d’emplois semble évident, et pourtant largement inexploité.

Pourquoi les jeunes ne suivent pas

Le Gabon est urbanisé à 91 % : la terre est loin des aspirations des jeunes diplômés, tournés vers les bureaux de Libreville.

Le RNDH 2026 note aussi que 72 % des cursus restent généralistes, alors que le tissu productif réclame des profils techniques.

Or l’agriculture suppose routes, eau, électricité, crédit et débouchés, autant de défis d’aménagement du territoire encore non résolus. Sans ces conditions, « devenir agriculteur » ressemble moins à une opportunité qu’à un pari.

Que font les voisins ?

Le Cameroun, premier importateur alimentaire de la CEMAC, n’échappe ni à l’exode des jeunes ni au vieillissement des producteurs.

Le pays a toutefois bâti des dispositifs de formation : 35 centres de formation agricole et rurale, un programme AFOP visant 15 000 jeunes formés, et des centres d’incubation d’agripreneurs comme celui de Sangmelima.

Le Gabon en est à des initiatives plus modestes, telle la formation de 50 jeunes à Kougouleu.

L’écart tient moins à l’envie des jeunes qu’à l’échelle et à la continuité de l’accompagnement.

Des institutions qui peinent à suivre ?

Le PNPE a enregistré 20 980 jeunes inscrits en 2023, mais, selon le RNDH, ces demandeurs se voient souvent proposer des postes d’exécution sans rapport avec leur niveau.

Le même rapport range, d’ailleurs, les institutions elles-mêmes parmi les causes du chômage.

Dès 2017, un guichet unique pour les jeunes investisseurs agricoles était annoncé.

Près de dix ans plus tard, la question se pose encore : qui coordonne, qui finance, qui suit ces jeunes dans la durée ?

Tant que les ministères de la Jeunesse, de l’Emploi et de l’Agriculture n’auront pas de réponse commune, l’appel à « s’impliquer » restera un vœu pieux.

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La Redaction

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