DIG / La Haute Autorité de la Communication a levé, le 24 octobre 2026, la suspension des réseaux sociaux, en vigueur depuis le 17 février, soit huit mois.
Annoncée pour une durée indéterminée, la mesure a privé de leur principal canal de vente des milliers de PME, de commerçants et de créateurs de contenus.
Le pays comptait environ 850 000 utilisateurs actifs en octobre 2025, soit près de 32,6 % de la population, et ces plateformes servaient autant à vendre qu’à communiquer.
Après le retour des réseaux sociaux on s’interroge sur le coût réel de cette coupure.
Des pertes déjà lourdes dès le premier mois
Aucun bilan officiel n’a été publié, mais plusieurs chiffres circulent.
Le 18 mars, soit un mois après le début de la mesure, le directeur général de la SING, Yannick Ebibie, évaluait à près de 23 milliards de FCFA les pertes déjà enregistrées par l’économie numérique.
Du côté des opérateurs télécoms, dont le modèle repose sur les forfaits liés aux réseaux sociaux, les experts cités par l’AGP estimaient la baisse des revenus data quotidiens entre 15 % et 30 %, soit 40 à 60 millions de FCFA par jour.
L’outil COST de NetBlocks, lui, évaluait à environ 2,96 millions de dollars la perte de deux jours de blocage, soit près de 890 millions de FCFA quotidiens.
Des pertes qui dépassent le manque à gagner
Les effets ne se limitent pas aux ventes perdues.
Les plateformes servant à la promotion, aux ventes et au service client, leur indisponibilité a ralenti ces activités. Le recours massif aux VPN a ajouté un coût et un risque : dans un pays où environ 33 % de la population vit dans la pauvreté, un abonnement fiable est hors de portée de beaucoup, et ces outils ont exposé davantage les utilisateurs aux cyberattaques.
Le 7 septembre, les autorités ont fait état de plus de 900 000 alertes d’intrusion en soixante jours, dont certaines jugées très critiques. L’ANINF a toutefois nuancé : ce volume ne signifie ni autant d’intrusions, ni autant d’attaques réussies.
Une reprise qui reste conditionnée
La levée de la mesure ne dissipe pas toutes les incertitudes.
La HAC n’a précisé aucun calendrier technique de rétablissement des accès.
Elle dit avoir noué des protocoles de régulation en temps réel avec TikTok, Meta et YouTube.
Par ailleurs, une nouvelle loi permettrait à un juge des référés de suspendre une plateforme jusqu’à 72 heures et prévoit des amendes allant jusqu’à 50 millions de FCFA pour les hébergeurs défaillants.
Pour les opérateurs économiques, le risque de coupure n’est donc pas écarté, mais il est désormais encadré.
Reste aux autorités à chiffrer officiellement le préjudice et à dire si un accompagnement des PME sinistrées est envisagé.



