DIG / Depuis le lundi 5 octobre 2026, Libreville accueille pendant cinq jours un atelier régional de renforcement des capacités et de mentorat consacré à l’agroentrepreneuriat vert des jeunes du Bassin du Congo.
Les travaux ont été ouverts par le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy.
Une trentaine de porteurs de projets venus du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et de la RDC y suivent des sessions sur l’agroécologie, l’agroforesterie, l’irrigation durable, les bio-intrants et l’agriculture intégrée.
Le discours est ambitieux, mais l’échelle reste modeste : une trentaine de participants pour six pays, c’est cinq personnes par pays en moyenne.
Changer le regard sur le métier, un message juste mais attendu
Le ministre a martelé que « l’agriculteur est un entrepreneur » et que l’exploitation agricole est une entreprise.
Le propos est pertinent, car la valorisation du métier conditionne l’attractivité du secteur auprès des jeunes.
Il n’a toutefois rien d’inédit : il s’inscrit dans le Plan de Transformation des Systèmes Agroalimentaires, qui vise l’ensemble de la chaîne, de la production à la commercialisation, en passant par la transformation, le stockage, la logistique et le financement.
Or ce sont précisément ces maillons, bien plus que le manque de compétences techniques, qui freinent les jeunes exploitants : accès au crédit, aux terres, aux équipements, aux circuits de distribution.
Le mentorat ne remplace ni le capital ni les infrastructures
L’Organisation internationale de la Francophonie, par la voix de son représentant régional pour l’Afrique centrale, Alphonse Waguena, voit dans les territoires ruraux, les exploitations et les coopératives autant d’espaces d’opportunités.
Le constat est séduisant, mais une formation de cinq jours, aussi utile soit-elle, ne suffit pas à transformer un porteur de projet en chef d’entreprise viable.
Le volet entrepreneurial annoncé (structuration des projets, identification des débouchés, accès au marché) ne prend sens que s’il débouche sur un accompagnement dans la durée, un suivi des participants et des mécanismes de financement concrets. Le programme ne précise ni l’un ni l’autre.
Une vitrine à transformer en résultats
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse la formation : il s’agit de nourrir sa stratégie de diversification économique et de souveraineté alimentaire, en faisant de l’agriculture un véritable espace d’investissement et de création de richesses.
L’atelier de Libreville offre une belle vitrine diplomatique et sous-régionale. Sa valeur se mesurera pourtant sur des critères moins visibles : le nombre de projets réellement lancés, les emplois créés, les financements mobilisés, et la capacité des autorités gabonaises à relier cette initiative aux dispositifs nationaux existants. À défaut, elle risque de rester une rencontre de plus dans un calendrier déjà bien rempli.



