DIG / Le Gabon veut accélérer sa stratégie de souveraineté alimentaire avec une relance massive de la filière avicole : entre investissements colossaux et défis structurels, le pari de l’autosuffisance est-il à la portée de Libreville ?
Le défi est titanesque. Actuellement, le Gabon importe près de 85 000 tonnes de poulet par an pour satisfaire la demande locale, tandis que la production nationale plafonne péniblement à 4 000 tonnes.
Cette dépendance expose le pays à la volatilité des cours mondiaux et pèse lourdement sur la balance commerciale.
Une force de frappe financière inédite
Pour inverser cette tendance, le gouvernement ne lésine pas sur les moyens. L’offensive repose sur deux piliers financiers majeurs :
-Le soutien direct : Un fonds de financement de 6,8 milliards de FCFA a été mobilisé pour soutenir les projets agricoles et avicoles locaux.
-Le partenariat industriel : Un accord de 51 milliards de FCFA a été scellé avec le groupe algérien Graine International. Ce projet prévoit la sortie de terre de sept fermes avicoles, d’un couvoir et d’un abattoir industriel.
L’objectif est clair : propulser la production à plus de 72 000 tonnes par an d’ici 2027, soit couvrir près de 85 % de la consommation actuelle.
Le défi de la compétence et de la pérennité
Le succès de ce plan ne dépendra pas uniquement des infrastructures, mais de la maîtrise de la chaîne de valeur.
Le gouvernement ambitionne de former 40 000 travailleurs dans des domaines clés : élevage, santé vétérinaire, transformation et, surtout, fabrication d’alimentation animale (qui représente le coût de production le plus élevé).
Réalisme ou utopie ?
Si les financements sont là, la réussite de cette « révolution de la volaille » dépendra de plusieurs facteurs :
-Le coût de l’aliment de bétail : Sans une production locale de maïs et de soja, le poulet gabonais aura du mal à concurrencer les prix des importations surgelées.
-L’énergie et la logistique : Le transport et la conservation de 72 000 tonnes de viande nécessitent des infrastructures énergétiques stables sur tout le territoire.
À travers cette montée en puissance, le Gabon veut non seulement réduire sa facture d’importation, mais aussi transformer son secteur agricole en un véritable moteur d’emplois.
Le rendez-vous est pris pour 2027.



