Banques gabonaises : Otages de la dette de l’État ?

DIG/ Discret mais redoutable, le risque bancaire est l’angle mort du débat économique gabonais.

Depuis 2015, la part des titres publics dans les actifs des banques commerciales de la zone Cemac a plus que triplé, passant de 10 % à 32 %.

Au Gabon, premier émetteur de la zone avec 30,5 % de l’encours régional total, cette surexposition est particulièrement prononcée. Les établissements financiers locaux ont massivement financé l’État et sont désormais structurellement dépendants de sa solvabilité.

Ce n’est pas le fruit d’une stratégie délibérée, mais d’un glissement progressif alimenté par les besoins de financement croissants de l’État.

Faute d’accès aisé aux marchés internationaux, jugés par le FMI restrictifs et incertains pour les pays de la zone, Libreville s’est tourné vers les banques locales comme premier recours.

L’encours gabonais des titres du Trésor a bondi de 75 % en 2025 seul, dans un marché sous-régional dont le stock total atteint désormais 9 400 milliards de francs CFA, soit trois fois celui de 2020.

Un mur d’échéances qui approche

Le problème n’est pas seulement la taille de cette dette, mais son calendrier. Le FMI rappelle que plus d’un tiers des titres publics de la zone arrivent à échéance dans les douze mois à venir.

Les taux de souscription ont ,par ailleurs, reculé, de 116 % en 2022 à 84 % en 2025, tandis que les rendements ont grimpé à 10 % pour les obligations assimilables du Trésor.

Autrement dit, les banques prêtent moins, mais plus cher, signe d’une défiance croissante envers la signature des États emprunteurs.

Une crise bancaire silencieuse en gestation

Le FMI avertit explicitement : les banques s’exposent à d’éventuels défauts de paiement des États et à une crise du système bancaire local.

Pour l’heure, ces établissements restent largement rentables, mais leur solidité repose sur la capacité de l’État gabonais à honorer ses échéances. Si Libreville venait à trébucher sur ses remboursements, l’onde de choc se propagerait immédiatement au secteur bancaire, aux dépôts des ménages et à l’économie réelle.

 

 

 

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La Redaction

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