DIG/ Le chantier aurait repris à un rythme soutenu, mais c’est son passé financier qui poserait aujourd’hui le plus de questions.
Selon des informations obtenues par GabonReview auprès de la Taskforce chargée du contrôle de la dette et des participations de l’État, l’audit du marché aurait révélé un dérapage budgétaire vertigineux : d’un coût initial de 8 milliards de FCFA, l’opération serait passée à 16 milliards.
Comment un doublement pareil aurait-il pu passer inaperçu ? Environ 3 milliards de FCFA auraient été versés à un opérateur étranger du nom de Goran, sans garantie bancaire préalable.
Qui aurait validé ces décaissements en l’absence d’une telle garantie, pourtant censée être un préalable incontournable ?
Une disparition qui interroge
Convoqué au B2, l’homme d’affaires aurait reconnu de «graves erreurs» dans la gestion du dossier, avant de quitter purement et simplement le territoire gabonais.
Reste la question qui dérange : comment un opérateur déjà entendu dans le cadre d’une enquête sur des fonds publics aurait-il pu sortir du pays sans être inquiété ?
Qui, précisément, aurait facilité ou fermé les yeux sur ce départ ?
Le dossier serait désormais entre les mains du procureur, à qui reviendrait la tâche de répondre à ces interrogations et d’établir les responsabilités.
Le chantier reprend, mais sous quelle vigilance ?
Sur le terrain, la Taskforce durcirait le ton et pousserait SOCO-TP à accélérer la cadence. Un rapport du 22 août, consulté par GabonReview, exigerait un réapprovisionnement rapide en matériaux et une reprise des équipes de nuit, sur instruction présidentielle, pour livrer le tronçon PK0+240–PK0+800 dès le 1er septembre.
Mais cette urgence retrouvée poserait elle-même une question : pourquoi ce contrôle rapproché n’aurait-il pas existé dès le lancement du marché, avant que les milliards ne s’évaporent ?
Un mal récurrent, pas une exception
Car ce scénario ne serait en rien inédit au Gabon. Surfacturations, décaissements sans garanties, opérateurs qui s’évanouissent après avoir empoché leur part : combien de chantiers publics auraient déjà connu ce même schéma sans que personne n’en tire de leçons ?
La Taskforce pourra bien livrer le bitume à temps ; mais tant que ces questions resteront sans réponse, qui a autorisé le dépassement, qui a laissé partir Goran ?
Le vrai chantier, celui de la traçabilité de l’argent public, restera lui à l’arrêt.



