DIG / Sur la seule année 2024, la Caravane touristique du Gabon a coûté 187,8 millions de FCFA pour générer environ 180 millions de retombées, soit un déficit net d’au moins 7,8 millions.
En 2025, aucun chiffre économique n’a été rendu public. Pourtant, 154,3 millions de FCFA supplémentaires ont été engagés.
Le silence sur les retombées de cette deuxième édition n’est pas anodin : il soulève une question simple à laquelle le gouvernement n’a pas encore répondu : la Caravane touristique est-elle rentable ?
Les données de fréquentation racontent une histoire que les communiqués officiels s’efforcent d’embellir.
En 2024, la première édition avait enregistré 3 748 touristes, bien au-delà de l’objectif initial de 300. Un succès de lancement indéniable.
Mais en 2025, ce chiffre s’est effondré à 1 421 visiteurs, soit une chute de 62 % en une seule édition.
Dans le monde du tourisme, une telle contraction signale généralement un problème de fond : offre inadaptée, manque de communication, absence de fidélisation, ou simplement un effet de curiosité initiale qui ne s’est pas transformé en demande durable.
Aucune explication officielle n’a été fournie sur cette dégringolade. Le ministère a préféré annoncer une troisième édition sans livrer d’analyse sur l’échec relatif de la deuxième.
Des emplois saisonniers à géométrie variable
Parmi les indicateurs régulièrement mis en avant figure la création de 437 emplois saisonniers. Un chiffre qui mérite d’être décortiqué.
Le bilan de la première édition précise en réalité qu’il s’agit de 437 volontaires. Une nuance sémantique lourde de sens.
Un volontaire n’est pas nécessairement un salarié. La nature exacte de ces engagements, leur durée, leur rémunération et leur impact réel sur l’insertion professionnelle des jeunes gabonais n’ont jamais été documentés publiquement.
À côté de ces 437 volontaires, 1 127 mains-d’œuvre indirectes ont également été recensées. Mais là encore, sans données sur les revenus générés, ces chiffres restent des indicateurs de mobilisation, pas de création de richesse mesurable.
L’Agatour, grande absente du financement
Derrière la Caravane touristique se profile une autre réalité institutionnelle préoccupante. L’Agence gabonaise de développement et de promotion du tourisme (Agatour), censée être le bras opérationnel de la politique touristique nationale, fonctionne depuis trois ans sans budget d’investissement.
Sur son enveloppe globale, 392 millions de FCFA sont absorbés par les charges de personnel, ne laissant que 76 millions pour l’ensemble des charges opérationnelles.
C’est dans ce contexte d’austérité institutionnelle que la Caravane est organisée, portée à bout de bras par des ressources propres et des dotations ponctuelles. Une architecture budgétaire qui interroge la durabilité de l’initiative : peut-on structurer un secteur touristique avec des moyens aussi limités ?
L’ombre de Pascal Ogowe Siffon
La question des retombées financières prend une dimension encore plus sensible à la lumière des déboires judiciaires de l’ancien ministre du Tourisme Pascal Ogowe Siffon, qui a lancé et piloté les deux premières éditions de la Caravane, a été interpellé le 16 décembre 2025, soupçonné de détournement de fonds publics portant sur plus de 10 milliards de FCFA destinés à la promotion du tourisme.
Une somme colossale, soit près de 30 fois le budget cumulé des deux éditions de la Caravane, qui pose des questions légitimes sur la traçabilité des fonds alloués au secteur durant son mandat. L’enquête judiciaire en cours n’a pas encore livré ses conclusions, mais l’interpellation de l’ancien ministre jette rétrospectivement une ombre sur la gestion financière d’un secteur dont les comptes restaient déjà peu lisibles.
Des ambitions 2026 sans leçons tirées
En annonçant la troisième édition prévue du 17 juillet au 6 septembre 2026, le ministère du Tourisme affiche une ambition intacte : 9 hubs stratégiques, 3 circuits nationaux, des séjours de 4 jours et 3 nuits.
La nouvelle ministre, Marcelle Ibinga épouse Itsitsa, appelle les Gabonais à devenir des « ambassadeurs de leur patrimoine ». Le discours est rodé.
Mais sans bilan financier transparent des éditions précédentes, sans explication sur la chute de fréquentation de 2025, et sans réponse sur les fonds publics dont la gestion est aujourd’hui examinée par la justice, la Caravane 2026 s’ouvre sur des fondations fragiles.
Tourisme ou communication ?
Au fond, la question que ces deux premières éditions laissent en suspens est peut-être la plus fondamentale : la Caravane touristique est-elle un outil de développement économique ou un exercice de communication institutionnelle ?
Pour y répondre, il faudrait des bilans financiers complets, des données sur les revenus réels générés par les acteurs locaux (hôteliers, restaurateurs, artisans) et une évaluation indépendante de l’impact sur les territoires traversés. Rien de tout cela n’a été produit.
Et c’est précisément cette absence de transparence qui, plus que la chute des visiteurs, constitue le vrai signal d’alarme de cette initiative.



