DIG / Le lancement récent des opérations de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) dans des zones comme Angondjé et Nzeng Ayong suscite de vives réactions au sein de la population et des observateurs économiques.
Si l’intention de lutter contre la vie chère est louable, la méthode employée sur le terrain interroge.
En s’improvisant distributeur de quartier, la structure semble s’éloigner de sa mission première.
Le véritable rôle d’une centrale d’achat : Un régulateur de l’ombre
Pour comprendre l’anomalie des opérations actuelles, il convient de rappeler ce qu’est réellement une centrale d’achat.
En économie, cette structure n’a pas vocation à jouer les commerçants de rue. Son rôle est purement stratégique et s’articule autour de trois piliers : le groupement de commandes, la puissance de négociation et, le référencement et la logistique.
En clair, une centrale d’achat est une entité B2 : elle renforce la chaîne d’approvisionnement globale pour que les détaillants revendent moins cher, mais elle ne vend pas directement au consommateur final au coin d’une rue.
Une stratégie de « braderie » éphémère qui pose question
C’est ici que le bât blesse au Gabon. Actuellement, les actions de la Centrale d’Achat s’apparentent davantage à des ventes à la sauvette ou à des braderies ponctuelles qu’à une politique d’approvisionnement structurée.
S’installer aux carrefours pour vendre de l’huile ou des produits de première nécessité en direct soulève de profondes interrogations : Où sont les infrastructures de stockage ? Quelle est la viabilité de ce modèle ?
Et surtout, quel est le coût pour le contribuable ?
En effet, financer toute une direction générale, des équipes administratives et des agents de terrain aux frais de l’État pour orchestrer des baisses de seulement 10 francs CFA sur un litre d’huile au carrefour représente une aberration économique.
Vers une redéfinition nécessaire des missions de l’entité
La Centrale d’Achat du Gabon ne doit pas être un concurrent des épiceries de quartier, mais un partenaire des grands réseaux.
Pour être efficace, elle doit agir en amont comme un puissant levier de négociation macroéconomique directement auprès des grands importateurs de la place.
L’objectif devrait être d’obtenir des baisses de prix structurelles et massives sur les produits de grande consommation injectés dans les marchés gabonais.
En contrepartie, l’État pourrait offrir des allègements fiscaux ciblés à ces importateurs.
C’est par ce mécanisme de régulation et de gros que la Centrale d’achat du Gabon portera une valeur ajoutée durable, et non en se substituant au commerce de détail au détriment des caisses de l’État.



