Crise de l’eau potable : Seydou Kane, le médiateur de l’ombre en pleine lumière

DIG / Dans les coulisses du dénouement de la crise hydrique qui a paralysé le Grand Libreville, un nom circule avec insistance : celui de Seydou Kane.

Le président de la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers du Gabon aurait joué un rôle décisif en servant d’intermédiaire entre les livreurs informels d’eau — immobilisés par le premier dispositif gouvernemental — et les autorités, ouvrant la voie à la réintégration de ces opérateurs dans le circuit officiel annoncée dans le communiqué n°2 du ministre Philippe Tonangoye.

Ce que cette médiation révèle

Si l’information se confirme, elle est riche d’enseignements — et pas tous flatteurs pour l’État.

Elle révèle d’abord que le premier dispositif avait été conçu sans concertation avec les acteurs du terrain.

Bloquer 55 véhicules de distribution en décrétant qu’ils relevaient du commerce illégal, pour les réintégrer 48 heures plus tard sous escorte officielle, n’est pas une politique publique — c’est une improvisation rattrapée par la réalité.

Il a fallu un intermédiaire pour rappeler à l’exécutif que sans ces livreurs informels, Libreville mourait de soif.

Poids de l’économie informelle

Elle révèle ensuite le poids réel de l’économie informelle dans la survie urbaine quotidienne.

Ces opérateurs que l’on cherchait à éliminer d’un trait de plume constituent en réalité l’épine dorsale de la distribution d’eau dans les quartiers non desservis par le réseau SEEG.

Les supprimer sans alternative crédible n’était pas une solution — c’était aggraver la crise.

Elle révèle enfin les limites d’une gestion de crise descendante, pensée en cabinet sans dialogue préalable avec les acteurs concernés. Quand l’État doit passer par un intermédiaire syndical pour renouer le dialogue avec des livreurs qu’il venait d’immobiliser, c’est le signe que quelque chose s’est grippé dès le départ.

Une médiation salutaire, mais qui pose question

Le rôle joué par Seydou Kane mérite d’être salué dans ses effets immédiats : des camions remis en circulation, des populations approvisionnées, une crise partiellement désamorcée.

Mais il soulève une interrogation de fond : dans un État qui fonctionne normalement, ce type de médiation de l’ombre ne devrait pas être nécessaire.

Les opérateurs de la distribution d’eau — formels ou non — auraient dû être associés dès la conception du dispositif d’urgence, pas rappelés à la table des négociations après un bras de fer de deux jours.

La vraie leçon de cette séquence n’est pas la capacité de l’État à corriger le tir. C’est l’urgence de bâtir, en dehors des crises, des mécanismes de concertation avec tous les acteurs économiques qui font tourner la ville — y compris ceux que l’on préfère ne pas voir.

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La Redaction

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