DIG/ L’annonce, le 10 août 2026, par le président de la république du déblocage d’une enveloppe de 51 milliards de FCFA pour apurer une partie de la dette intérieure s’ajoute à une série de règlements ponctuels engagés depuis le début de l’année : 45 milliards FCFA débloqués en juin pour les rappels de solde des fonctionnaires et les épargnants de La Poste S.A., ou encore l’engagement pris en janvier, lors de la rencontre avec l’Association professionnelle des établissements de crédit, d’accélérer l’apurement via le « Club de Libreville ».
Ces montants restent toutefois modestes au regard de l’ampleur du passif.
Selon la Direction générale de la Dette, l’encours de la dette intérieure gabonaise atteignait 4 652,7 milliards FCFA à fin 2025, en hausse de près de 57 % sur un an, une progression qui explique l’essentiel de la croissance de la dette publique totale, désormais évaluée à 8 780 milliards FCFA.
Le signal d’alerte des agences de notation
Cette trajectoire n’est pas passée inaperçue des agences de notation. Fitch a récemment dégradé la note attribuée à la dette gabonaise en monnaie locale, pointant un risque de restructuration ou de retard de paiement sur les titres domestiques.
Les besoins de refinancement de la dette intérieure sont estimés à 11,6 % du PIB pour 2026 et 15,6 % pour 2027, dans un contexte où le marché financier régional de la CEMAC montre des signes de saturation, limitant la capacité des banques à absorber de nouvelles émissions gabonaises.
Une opération à la portée politique autant qu’économique
Sur le fond, les autorités gabonaises justifient ces règlements par la nécessité de soutenir la trésorerie des entreprises, préserver l’emploi et relancer l’investissement privé. Le président a d’ailleurs invité les entreprises dont les créances ne sont pas encore enregistrées à se rapprocher de la Task Force, de la Direction générale du Budget et du Trésor public.
Mais le calendrier de l’annonce à la veille de la fête de l’indépendance et devant les représentants du patronat, invite aussi à lire ce geste comme un signal politique adressé au secteur privé, dans un climat où la confiance des opérateurs économiques reste fragilisée par des années d’arriérés accumulés.
Ce que cela ne dit pas
Le communiqué de la présidence insiste sur le respect des « règles de gestion, de contrôle et de transparence » consacrées par la Ve République.
Reste que l’ampleur du passif global (plus de 4 600 milliards FCFA de dette intérieure) relativise la portée de cette enveloppe de 51 milliards, qui ne représente qu’une fraction marginale de l’ardoise totale.
La question de la soutenabilité budgétaire à moyen terme, elle, demeure entière.



