Pauvreté au Gabon : Des enquêtes statistiques qui ne servent à rien depuis 10 ans 

DIG / Le lancement par l’Institut National de la Statistique (INSTAT) de deux enquêtes nationales sur les conditions de vie des ménages -l’Enquête Gabonaise pour l’Évaluation de la Pauvreté (EGEP) et l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM) –peut sembler être une opération technique ordinaire.

C’est en réalité un aveu et un signal politique fort.

L’aveu : le Gabon pilotait à l’aveugle

La dernière cartographie sérieuse de la pauvreté gabonaise date de près d’une décennie. Pendant dix ans, les politiques sociales, les programmes d’aide, les décisions budgétaires et les arbitrages de redistribution ont été menés sans données fiables sur la réalité du terrain.

Dans un pays qui a traversé une crise pétrolière, une pandémie, une poussée inflationniste et un changement de régime, piloter la politique sociale avec des indicateurs obsolètes n’était pas de la prudence — c’était de l’imprudence institutionnelle.

Le défi de la confiance citoyenne

La méthode choisie par l’INSTAT révèle un autre problème sous-jacent : la défiance des ménages gabonais envers les enquêteurs publics.

En mobilisant en amont maires d’arrondissement, chefs de quartier et auxiliaires de commandement pour préparer le terrain, l’institut reconnaît implicitement que les statistiques officielles ne se récoltent pas simplement — elles se méritent.

Cette défiance est particulièrement forte dans l’économie informelle, qui représente une part significative de l’activité réelle des ménages les plus précaires — précisément ceux que l’enquête doit capter.

Le vrai test : de la donnée à la politique publique

C’est ici que l’analyse doit être la plus critique. Produire des données fiables sur la pauvreté est une condition nécessaire — pas suffisante. Le Gabon n’en est pas à sa première enquête sociale.

La question que pose cette initiative est donc moins méthodologique que politique : l’État dispose-t-il de la volonté et des moyens de traduire ces résultats en recalibrage réel des programmes d’aide, en rationalisation de la protection sociale et en réorientation des investissements vers les poches de précarité identifiées ?

Objectif non atteint

Dans le contexte de la LFR 2026 — qui a amputé de 45 % les investissements publics tout en laissant progresser les dépenses de prestige — la réponse n’est pas évidente.

Une enquête sur la pauvreté dont les résultats ne serviraient qu’à alimenter des rapports institutionnels sans changer la structure des arbitrages budgétaires serait une occasion manquée de plus.

Le Gabon se dote d’un outil de connaissance. Il reste à savoir s’il s’en servira comme d’un miroir pour se réformer, ou comme d’une vitrine pour se présenter.

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La Redaction

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