DIG / Le Bureau gabonais du droit d’auteur et des droits voisins (BUGADA) vient de lancer ses opérations de contrôle et de perception des redevances au titre de l’exercice 2026, sur l’ensemble du territoire national.
Une campagne qui s’appuie sur la loi n°007/2024 du 20 septembre 2024 portant ratification de l’ordonnance relative au droit d’auteur et aux droits voisins — un arsenal juridique récent, dont c’est visiblement la première mise en application concrète à grande échelle.
Une liste de cibles qui dit tout sur l’étendue du problème
Les établissements visés par les contrôles couvrent un spectre très large : bars, restaurants, hôtels, boîtes de nuit, casinos, salons de coiffure, instituts de beauté, salles de sport, espaces événementiels, médias audiovisuels publics et privés, galeries d’art, bibliothèques, supermarchés et organisateurs de spectacles.
En d’autres termes, une large partie de l’économie gabonaise utilise quotidiennement des œuvres musicales, audiovisuelles ou artistiques sans s’acquitter de la redevance légale due aux créateurs. C’est le constat implicite de cette campagne.
Ce que cette démarche révèle
Le lancement de ces contrôles est le signe d’une prise de conscience institutionnelle tardive mais nécessaire.
Pendant des années, le droit d’auteur au Gabon a été structurellement sous-appliqué : les artistes, auteurs et interprètes gabonais voyaient leurs œuvres exploitées commercialement sans percevoir de rémunération en retour.
Pour un pays qui ambitionne de valoriser sa culture et son artisanat dans le cadre de sa stratégie touristique, cette situation était économiquement et symboliquement intenable.
Cette campagne de recouvrement envoie un signal double : aux exploitants, que la tolérance administrative a ses limites et que les sanctions prévues par les textes seront effectivement appliquées ; aux créateurs, que l’État commence à prendre au sérieux la protection de leur travail et de leurs revenus.
Les défis qui restent entiers
La vraie question n’est pas le lancement de la campagne — c’est sa régularité et son suivi.
L’efficacité du BUGADA se mesurera à sa capacité à transformer ces contrôles ponctuels en culture de conformité durable, et à reverser effectivement les redevances collectées aux ayants droit dans des délais raisonnables.
Sur ce dernier point, l’expérience des sociétés de gestion collective en Afrique subsaharienne invite à la vigilance : collecter est une chose, redistribuer de manière transparente et équitable en est une autre.



