DIG / Depuis le 2 octobre, le Grand Libreville vit une nouvelle pénurie de carburant.
Le ministère évoque une baisse des stocks chez les marketeurs, sans en préciser l’origine, alors que les files d’attente étaient signalées dès le 30 septembre.
Les ventes ont été plafonnées à 10 000 FCFA par véhicule, et tout le soulagement dépend de l’accostage d’un navire.
Mais le scénario est familier : pénurie de gasoil en juin 2022 dans les centrales de l’intérieur, nouvel épisode en juillet 2024, tension sur l’essence en 2025, puis octobre 2026.
À ce rythme, on ne peut plus parler d’accident. Les pénuries de carburant reviennent tous les deux ans, parfois moins.
L’eau et l’électricité, symptômes d’une même fragilité
Cette fois, la SEEG indique que le manque de gasoil perturbe ses ouvrages de production d’électricité et d’eau potable, avec des délestages rotatifs dans le Grand Libreville et à l’intérieur du pays. Rien de neuf là non plus.
En février 2026, des quartiers restaient des jours sans eau. À Moanda, en octobre 2025, des habitants sont restés plus de quatre jours sans courant.
Les trois services sont liés : sans carburant, pas de courant, et sans courant, pas d’eau.
Une seule rupture logistique suffit à tout interrompre, ce qui montre l’absence de stocks de sécurité et de plan de continuité pour les services essentiels.
Des autorités en réaction permanente
Le schéma de réponse est tout aussi prévisible : communiqué après plusieurs jours de tension, rationnement, annonce d’un navire, réunion de crise, promesse d’un retour progressif à la normale.
Le 6 octobre, l’Aval pétrolier a réuni marketeurs et transporteurs pour identifier les fragilités, comme si elles venaient d’apparaître.
Les explications elles-mêmes tournent en boucle. En janvier 2026, le ministre du Pétrole attribuait la pénurie de gaz butane à la surconsommation des fêtes, une explication jugée peu convaincante par la presse, tant le phénomène est récurrent et prévisible.
Le contexte international est invoqué cette fois, mais un problème de prix n’explique pas une rupture de disponibilité.
Des autorités qui découvrent chaque crise comme une surprise donnent l’impression d’être dépassées par des faits que le pays connaît pourtant par cœur.
Et demain, le gaz ?
La prochaine pénurie n’est même pas une hypothèse. Le gaz butane a déjà manqué début 2026, puis de nouveau fin juillet, avec des files d’attente que les opérateurs ont attribuées à un retard d’acheminement.
Chaque rupture touche d’abord les ménages modestes, qui dépendent du gaz pour cuisiner.
La vraie question n’est donc plus de savoir quand la prochaine pénurie arrivera, mais qui répond de l’absence d’anticipation.
Combien de crises faudra-t-il encore pour qu’un stock stratégique, un calendrier public et un responsable identifié remplacent les communiqués d’urgence ?



