DIG / Dans son adresse à la Nation le 16 août 2026 à l’occasion du 66ème anniversaire de l’indépendance, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a rompu, le temps de quelques phrases, avec la rhétorique triomphale qui accompagne habituellement ce type d’exercice.
« Je connais les coupures, je connais l’impatience des familles, des commerçants et des entreprises », a-t-il déclaré, reconnaissant que « la situation vécue par de nombreux ménages n’est pas acceptable ».
Un aveu rare dans son degré de franchise, mais qui n’efface pas la question centrale : trois ans après son accession au pouvoir, pourquoi les délestages persistent-ils avec une telle constance ?
Une promesse sans échéance
Le chef de l’État affirme avoir « la ferme assurance que les objectifs seront atteints », sans toutefois fixer de calendrier ni de seuils chiffrés de couverture en eau et en électricité.
Il annonce une réorientation des priorités vers le transport et la distribution, estimant que « produire davantage ne servira à rien si nos réseaux demeurent fragiles, saturés ou mal entretenus ».
Ce diagnostic n’est pas nouveau : les difficultés de transport et de distribution de la SEEG sont documentées depuis plusieurs années, tout comme les tensions autour des paiements dus à Karpowership et les retards accumulés dans le programme PIAEPAL.
Le discours ne dit rien des mécanismes concrets censés corriger ces défaillances structurelles, ni du financement de la modernisation annoncée.
Le civisme, nouvelle ligne de défense
Plus notable encore, le président déplace une partie de la responsabilité vers les usagers eux-mêmes, pointant « le non-paiement de factures, le sabotage, la nonchalance, le laxisme » comme des « comportements inciviques » qui privent les familles d’électricité.
Si ces phénomènes existent bel et bien, leur mise en avant dans un discours présidentiel interroge : S’agit-il de partager équitablement la responsabilité d’un système à bout de souffle, ou de préparer l’opinion à accepter que les coupures ne relèvent pas seulement d’un problème d’infrastructure et de gouvernance publique ?
Un appel aux investisseurs qui répète un scénario connu
Le chef de l’État invite les « acteurs sérieux » à se positionner sur le marché du transport et de la distribution d’eau et d’électricité. Cette ouverture au privé n’est pas une nouveauté : elle prolonge une orientation déjà amorcée avec la restructuration en cours de la SEEG.
Le discours ne précise cependant ni le calendrier de cette ouverture, ni les garanties offertes aux futurs partenaires, ni la manière dont elle s’articule avec les tensions contractuelles déjà connues avec certains opérateurs du secteur énergétique.



