DIG / À quelques jours du sommet Africa Forward de Nairobi (les 11 et 12 mai 2026), l’Ambassadeur de France au Gabon et à Sao Tomé-et-Príncipe, Son Excellence Fabrice Mauriès, a accordé une interview exclusive à la rédaction de Direct Infos Gabon.
Partenariat énergétique, coopération militaire, diplomatie francophone… le diplomate français répond sans détour.
Entretien
Direct Infos Gabon : Le Gabon traverse une période de reconfiguration politique depuis août 2023. le pays figure-t-il parmi les partenaires actifs au sommet de Nairobi ?
Fabrice Mauriès : Oui, sans aucun doute. Le Gabon est invité au sommet et demeure un partenaire important de la France en Afrique centrale.
Les sujets qui y seront abordés l’intéressent directement : l’accès à la finance internationale, la paix et la sécurité, le développement économique, mais aussi les liens entre jeunesse, sport et culture.
Le Gabon a toute sa place dans ces discussions.
DIG: Quels projets concrets sont envisagés, notamment dans l’énergie et le numérique ?
Dans l’énergie, Perenco est déjà fournisseur de gaz pour les centrales électriques du pays et multiplie ses investissements.
Nous espérons que d’autres entreprises françaises saisiront demain des opportunités dans l’hydroélectrique. Je pense à EDF, mais aussi à des opérateurs qui développent des solutions adaptées au monde rural.
Dans le numérique, la France a accompagné la digitalisation de l’État gabonais, notamment en matière de gestion des finances publiques, et nous en sommes très satisfaits.
DIG: Ce sommet est le premier organisé dans un pays anglophone. Est-ce le signe d’un éloignement du pré carré francophone ?
Il n’y a pas de pré carré francophone. C’est d’abord le signe d’une diversification, d’une approche plus globale des questions africaines. L’emploi des jeunes, l’accès à la culture, le développement économique : ces enjeux transcendent les particularités linguistiques.
C’est précisément pour cela que nous avons choisi, avec nos partenaires kényans, de bâtir ce sommet autour de ces problématiques communes à l’ensemble du continent.
DIG: La présence militaire française est remise en cause dans plusieurs pays africains. Comment l’ambassade repositionne-t-elle la coopération sécuritaire franco-gabonaise dans ce nouveau cadre ?
Permettez-moi de corriger une idée reçue : la France maintient une base militaire au Gabon, le Camp de Gaulle. Ce qui a changé, c’est sa configuration.
Ce dispositif a été revu conjointement avec nos partenaires gabonais, avant et depuis 2023.
Nous passons d’une logique de forces prépositionnées, qui pouvait nourrir des ambiguïtés sur la nature de notre présence, à une coopération ciblée sur la formation, le renforcement des capacités et le partage de renseignement.
Ce n’est pas la fin de la coopération militaire. C’en est la modernisation.
DIG : Au-delà des grandes annonces, comment ce partenariat se traduit-il concrètement pour les Gabonais ?
Nous accompagnons les forces vives de la société : les journalistes, les défenseurs des droits humains, les organisations féministes, les jeunes athlètes.
L’Institut Français de Libreville, dont la rénovation a été achevée en 2025, est au cœur de ce dispositif de soutien à la création artistique, aux festivals, aux industries culturelles et créatives.
Et nos entreprises s’engagent à créer davantage de valeur locale, à soutenir l’emploi des jeunes, en cohérence avec le projet de société du président Oligui Nguema.
Propos recueillis par M.M de Direct Infos Gabon


