Foire de l’Indépendance : La plus grande mobilisation du marché l’informel ?

DIG/ À dix jours de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’Indépendance, le ministère du Commerce sillonne les marchés de Libreville pour recruter des exposants à la foire commerciale d’Agondjé, prévue du 14 au 19 août 20256.

Derrière l’opération de mobilisation, présentée comme un geste festif et inclusif, se dessine un révélateur plus structurel : celui du poids réel et largement sous-évalué dans les statistiques officielles du commerce informel dans l’économie gabonaise.

Un secteur qui pèse plus que les grandes filières exportatrices

Selon le Recensement général des entreprises (RGE) mené fin 2023 par la Direction générale de la statistique, 62,9 % des entreprises recensées au Gabon relèvent de l’informel, et ce segment contribuait à hauteur de 35 % du PIB à la période de l’enquête.

D’autres estimations, notamment du Bureau international du travail, situent la part de la population active évoluant dans l’informel au-delà de 60 %, essentiellement concentrée à Libreville et Port-Gentil.

Les commerçants de Nkembo et des autres marchés visés par la tournée ministérielle ne constituent donc pas une marge folklorique de l’économie nationale, mais une composante majeure, largement absente des agrégats mis en avant dans la communication économique officielle, focalisée sur le pétrole, le bois ou le manganèse.

Une visibilité ponctuelle, un déséquilibre structurel ignoré

Le paradoxe est frappant : ce secteur, structurellement écarté des politiques de financement, d’accès au crédit ou de formalisation, redevient soudain mobilisable dès qu’il s’agit d’habiller une manifestation festive.

Le RGE 2023 apporte par ailleurs une donnée plus embarrassante : sur près de 200 000 opérateurs économiques recensés dans l’informel, environ 160 000 sont étrangers, contre seulement 40 000 Gabonais, soit moins de 20 % de nationaux dans un secteur présenté comme vital pour les ménages du pays.

Une foire pensée pour « rapprocher les acteurs économiques des populations » aurait pu être l’occasion d’interroger cette disproportion plutôt que de la contourner.

Un événement sans suite structurelle ?

Rien dans la communication actuelle n’indique de mécanisme de suivi post-foire : accompagnement à la formalisation, accès facilité au Registre du commerce, appui au financement.

Sans cela, l’opération risque de rester une vitrine ponctuelle calée sur le calendrier de l’Indépendance, qui donne une visibilité symbolique à un secteur que les politiques publiques peinent structurellement à intégrer, sans en changer la donne fiscale, sociale ou économique.

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La Redaction

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