DIG / 88 % de couverture forestière, un bilan carbone largement positif, environ 140 millions de tonnes de CO₂ absorbées chaque année.
Le Gabon figure parmi les rares pays au monde dont les écosystèmes travaillent activement au bénéfice de la planète entière. Le Bassin du Congo, dont il est un pilier, est le deuxième massif forestier tropical mondial.
Pourtant, cette contribution exceptionnelle à l’équilibre climatique global ne génère aucune compensation financière proportionnelle pour les États qui en assurent la préservation.
Des milliards promis, peu décaissés
C’est le nœud du problème que le Chef de l’État gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a posé sans détour lors de la table ronde des bailleurs de fonds, en marge des 61 èmes Assemblées annuelles de la BAD à Brazzaville.
Le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo existe depuis 2017.
Il affiche une ambition de 100 milliards de dollars sur dix ans. Neuf ans après sa création, les décaissements effectifs restent très loin des annonces. Le même scénario se répète à l’échelle mondiale : les pays développés avaient promis 100 milliards de dollars par an dès 2020 pour le financement climatique.
L’objectif n’a été atteint qu’en 2022, selon l’OCDE, avec deux ans de retard.
4 projets concrets en suspens
Libreville n’est pas venu à Brazzaville les mains vides. Le Gabon a inscrit au Fonds Bleu quatre projets prioritaires : gestion des conflits homme-faune, restauration des mangroves, valorisation des produits forestiers non ligneux, gestion durable des terres et des ressources en eau.
Des projets à fort potentiel économique local, mais dont le financement reste suspendu à la volonté réelle des partenaires multilatéraux. Sans décaissement rapide, ils rejoindront la longue liste des initiatives climatiques africaines restées lettre morte.
La dette climatique du Nord envers le Sud
Le débat dépasse le seul cas gabonais. Il met en lumière une asymétrie fondamentale : les pays du Sud préservent les biens publics environnementaux mondiaux pendant que les grands émetteurs historiques peinent à honorer leurs engagements financiers.
Le Gabon, avec ses 88 % de couverture forestière, incarne cette injustice mieux que quiconque. Il protège ce que d’autres ont détruit, et attend toujours d’en être justement rétribué.
L’heure des actes
En réclamant que les engagements se traduisent par des réalisations tangibles, le Chef de l’État parle au nom de tous les pays forestiers africains.
Pour Libreville, l’enjeu est stratégique : mobiliser des financements verts suffisants pour alimenter la diversification économique inscrite dans le Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030.
Faute de quoi, le Gabon risque de rester ce qu’il est trop souvent : le poumon d’un monde qui respire sans payer son oxygène.



