DIG / Le projet de loi défendu par le ministre Grermain Biahodjow devant l’Assemblée nationale, le 26 mai 2026, introduit une majorité numérique fixée à seize ans.
Une disposition présentée comme une avancée en matière de protection des mineurs en ligne. Mais dans un pays où l’état civil reste lacunaire et où les smartphones circulent sans contrôle d’âge, la mesure soulève plus de questions qu’elle n’en résout.
Une règle sans mécanisme
Interdire aux moins de seize ans l’accès autonome aux réseaux sociaux suppose un système de vérification d’identité fiable.
Or, les plateformes visées : Meta, TikTok, YouTube, ne sont soumises à aucune obligation légale de se conformer aux injonctions du législateur gabonais.
Sans accord contraignant avec ces acteurs, ni infrastructure nationale d’authentification, la majorité numérique risque de rester un principe sans prise réelle sur les usages.
Le contrôle parental, rempart illusoire ?
Le texte évoque également le renforcement des mécanismes de contrôle parental. Mais cette responsabilité repose sur des parents souvent peu familiarisés avec les outils numériques, dans un contexte où l’accès à internet se fait majoritairement via le téléphone mobile, difficile à surveiller.
Transférer la charge de la régulation vers les familles sans accompagnement ni éducation au numérique, c’est habiller une lacune de l’État en vertu civique.
Bonne intention, mauvaise architecture
La majorité numérique à 16 ans n’est pas une mauvaise idée en soi, plusieurs pays européens explorent des dispositifs similaires.
Mais une bonne intention législative sans architecture d’application, c’est de la communication politique. Le Gabon a besoin d’une stratégie numérique cohérente, pas d’une collection de seuils et d’interdictions dont personne ne maîtrise encore les conditions d’effectivité.



