Gabon / 1,2 million d’étrangers recensés : Qui contrôle réellement l’économie nationale ?

DIG / Les résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL) 2026, homologués par la Cour constitutionnelle, dessinent un pays où l’immigration pèse lourd : sur 3 518 621 habitants, 1 200 256 sont de nationalité étrangère, contre 2 318 365 Gabonais.

Soit plus d’un tiers de la population totale, un ratio qui placerait déjà le Gabon parmi les pays africains à la plus forte proportion d’immigrés, une tendance documentée de longue date par les études sur le sujet.

La question n’est pas nouvelle, mais l’ampleur du chiffre lui donne une résonance particulière au moment où le pays peine à résorber son propre chômage.

Un ratio hors norme dans la sous-région

Des données antérieures situaient déjà le Gabon en tête du classement africain, avec environ 18,7 % d’étrangers, devant la Guinée équatoriale (16,4 %) et Djibouti (12,1 %).

Le chiffre du RGPL 2026, proche de 34 %, creuse encore l’écart et distingue nettement le Gabon de ses voisins de la CEMAC, où la part de résidents étrangers reste bien plus faible.

Une jeunesse gabonaise déjà sous tension

Le paradoxe est connu des experts du marché du travail : l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC 2024) situe le taux de chômage national à 17,4 %, mais celui des 15-24 ans grimpe à 34,5 %, et 86,5 % des emplois recensés relèvent de l’informel.

Dans ce contexte, la présence de 1,2 million de résidents étrangers, dont une partie occupe précisément ces segments informels et peu qualifiés où se concentre la demande des jeunes Gabonais, nourrit légitimement l’interrogation sur la concurrence exercée sur l’emploi local.

Une lecture économique à double tranchant

Faut-il pour autant s’alarmer ? Rien n’est aussi simple. Une partie de cette main-d’œuvre étrangère occupe des créneaux que le secteur formel gabonais peine à couvrir : bâtiment, commerce de détail, transport informel et contribue à une activité économique que l’État peine lui-même à formaliser et à taxer.

Par ailleurs, le Recensement général des entreprises (RGE), réalisé fin 2023 par la Direction générale de la statistique, révèle une donnée que la communication publique évoque rarement : sur près de 200 000 opérateurs économiques recensés dans l’informel gabonais, environ 160 000 sont étrangers, contre seulement 40 000 Gabonais. Soit un ratio de 80 %.

Contrôle absolu ?

Avec 62,9 % des entreprises recensées relevant de l’informel et une contribution estimée à 35 % du PIB à la période de l’enquête, le secteur pèse lourd dans l’économie nationale mais ce poids profite très majoritairement à des opérateurs étrangers,

La question n’est donc pas tant le nombre brut de résidents étrangers que l’absence de données consolidées sur leur répartition sectorielle, leur statut migratoire et leur contribution fiscale réelle, un manque que reconnaît d’ailleurs le rapport gabonais présenté au Forum d’examen des migrations internationales de l’ONU.

Ce que le chiffre appelle vraiment

Plus qu’une inquiétude sécuritaire ou identitaire, ce chiffre du RGPL pose une exigence de pilotage : sans cartographie fine de l’emploi occupé par les étrangers, les autorités gabonaises resteront en difficulté pour arbitrer entre ouverture économique, historiquement un facteur d’attractivité pour le secteur pétrolier, minier et forestier et protection d’un marché du travail national déjà fragilisé par l’inadéquation formation-emploi.

Le vrai enjeu n’est donc pas le million de résidents étrangers en soi, mais la capacité de l’État à transformer ce recensement en politique migratoire et en politique de l’emploi cohérentes.

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La Redaction

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