DIG / La Façade Maritime du Champ Triomphal (FMCT), aménageur en charge de la Baie des Rois à Libreville, vient de lancer un appel public à l’épargne de 10 milliards de FCFA.
L’opération doit financer la dernière phase d’aménagement d’un projet qui affiche aujourd’hui un taux de viabilisation de 40 %, sur près de 40 hectares en plein cœur de la capitale.
Concrètement, les fonds serviront à finaliser la viabilisation des parcelles encore à céder, à construire un parking en silo, et à achever les réseaux d’infrastructures : voirie, eau, assainissement, électricité, éclairage smart city sans lesquels aucune vente ni installation d’investisseur privé n’est possible.
La FMCT rappelle, par ailleurs, que sa première émission verte, lancée en 2021 pour 20 milliards de FCFA, est arrivée à échéance et a été intégralement remboursée, ce qui sert visiblement d’argument de crédibilité pour la nouvelle levée.
Une opération présentée comme historique, mais dont l’ampleur reste modeste
L’émission est structurée en deux tranches : 5 milliards sur 3 ans à 6,75 % brut annuel, et 5 milliards sur 5 ans à 7,50 % et se présente comme la première émission d’obligations vertes à tranches multiples réalisée par appel public à l’épargne en Afrique centrale.
Le qualificatif « historique » mérite d’être relativisé : à l’échelle de la sous-région et du marché obligataire régional, 10 milliards de FCFA restent une opération de taille modeste.
L’innovation tient moins au montant qu’au format la structuration en tranches multiples et l’étiquette « verte », qui vise autant à tester l’appétit du marché régional qu’à financer le projet lui-même.
Le fond du problème : un projet à 800 milliards qui avance à crédit
La Baie des Rois est présentée comme devant accueillir à terme près de 800 milliards de FCFA d’investissements privés.
Le contraste entre cette ambition et le recours répété à l’emprunt obligataire pour financer les infrastructures de base interroge sur le modèle économique du projet : la FMCT doit emprunter pour viabiliser des terrains qu’elle vendra ensuite à des investisseurs, un schéma qui suppose que les ventes futures couvrent le service de la dette.
Avec seulement 40 % de viabilisation après plusieurs années de développement et deux émissions obligataires, le rythme d’exécution reste à surveiller, tout comme la capacité de l’aménageur à attirer les investisseurs privés annoncés une fois les infrastructures achevées.
Une entrée en Bourse annoncée pour la FMCT
Point notable : la FMCT est désormais citée, aux côtés de Gabon Power Company, parmi les entreprises de la galaxie du Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS) appelées à entrer en Bourse dans le cadre d’une stratégie plus large d’ouverture du marché financier gabonais aux entreprises publiques.
Les critères mis en avant : gouvernance structurée, historique de remboursement conforme, capacité à mobiliser des financements de marché, dessinent une logique où l’émission obligataire actuelle fait office de test grandeur nature avant une cotation.
Reste à savoir si cette stratégie d’ouverture progressive du capital des entreprises publiques produira une réelle diversification du financement de l’économie gabonaise, ou si elle restera concentrée sur un petit nombre d’acteurs adossés au FGIS.



