Gabon : La HAC veut réguler Facebook, Google, Tiktok et WhatsApp…. Avec quels moyens ?

DIG / La réforme de la Haute Autorité de la Communication (HAC) présentée le jeudi 21 mai 2026 par le ministre de la Communication Germain Biahodjow cache une ambition inédite : étendre la compétence du régulateur gabonais aux plateformes numériques, moteurs de recherche et services de messagerie.

Une extension aux implications considérables, mais aux contours encore très flous.

La HAC face au mur des géants du numérique

Jusqu’ici cantonnée aux médias audiovisuels et à la presse traditionnelle, la HAC se verrait dotée d’une compétence sur des acteurs comme Meta, Google ou encore WhatsApp.

Sur le papier, l’intention est louable : lutter contre la désinformation, les contenus illicites et protéger les publics vulnérables dans un espace numérique en pleine expansion. Mais dans la pratique, la question de l’effectivité de cette régulation reste entière.

Ces entreprises, dont les sièges sociaux sont établis aux États-Unis ou en Irlande, ne sont soumises à aucune obligation légale de se conformer aux injonctions d’une autorité administrative gabonaise. Aucun mécanisme de coercition transfrontalière n’est à ce jour évoqué dans le texte.

Une souveraineté numérique sans outils souverains

L’élargissement des attributions de la HAC s’inscrit dans un discours plus large sur la souveraineté numérique, tendance que l’on retrouve dans plusieurs pays africains.

Mais la souveraineté régulatoire suppose des leviers concrets : capacité technique de surveillance, pouvoir de sanction opposable, ou encore accords de coopération avec les plateformes concernées.

À ce stade, rien n’indique que le Gabon dispose de tels instruments. La régulation d’un réseau social mondial depuis Libreville, sans cadre bilatéral ni régional contraignant, ressemble davantage à une déclaration d’intention qu’à une architecture juridique opérationnelle.

Le précédent de la suspension : symptôme d’une régulation par défaut

L’audition de Biahodjow a d’ailleurs mis en lumière une contradiction fondamentale. Plusieurs députés ont souligné que la suspension des réseaux sociaux ne repose sur aucun fondement juridique solide. C’est précisément pour colmater ce vide que la réforme est présentée.

Autrement dit, la HAC élargie serait en partie conçue pour légaliser rétroactivement des pratiques déjà en cours. Ce glissement, de la régulation anticipatrice à la régulation réparatrice, interroge sur la cohérence de la démarche et sur la robustesse du cadre qui en découlera.

Rendez-vous le 26 mai pour les réponses qui manquent

Le ministre a promis une levée progressive de la suspension des réseaux sociaux, sans calendrier précis.

Une prochaine audition, prévue le mardi 2026, devrait être entièrement consacrée à cette question. C’est là que se jouera l’essentiel : savoir si la réforme de la HAC constitue un vrai saut qualitatif dans la gouvernance numérique gabonaise, ou simplement un habillage législatif pour des décisions déjà prises ailleurs.

 

 

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La Redaction

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