DIG / Avec une moyenne record de 40 kg de poisson consommés par habitant et par an, les Gabonais trônent largement en tête de la consommation de produits halieutiques en Afrique centrale.
Ce chiffre, documenté par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), place le poisson au cœur de la sécurité alimentaire nationale.
Des côtes de l’Atlantique aux étals de Libreville, il représente la principale source de protéines animales locales.
Pourtant, cette ferveur gastronomique cache une fragilité structurelle profonde.
Une balance commerciale déficitaire de 5,5 milliards de FCFA
Cependant, l’engouement des Gabonais pour les produits de la mer se heurte à une incapacité chronique de la production nationale à couvrir la demande.
Pour combler ce vide, le pays subit une lourde fuite de capitaux : il importe des produits de la mer pour une valeur annuelle moyenne de 15,5 milliards de FCFA.
En comparaison, ses exportations halieutiques plafonnent péniblement autour de 10 milliards de FCFA par an.
Ce déficit commercial de 5,5 milliards de FCFA illustre le paradoxe d’un pays qui achète à prix d’or ce qu’il pourrait extraire de ses propres eaux.
Le thon gabonais prend le large
Ce déséquilibre met en lumière un dysfonctionnement institutionnel et opérationnel majeur.
Le Gabon subit le syndrome d’une économie extravertie : une part substantielle des ressources à haute valeur marchande capturées dans sa Zone Économique Exclusive (ZEE) de 213 000 km² (à l’instar du thon) prend directement la route de l’exportation vers l’Europe.
Faute d’infrastructures de débarquement modernes et d’usines de transformation industrielle adéquates sur le sol national, la valeur ajoutée échappe totalement aux consommateurs locaux.



