DIG/ Le contexte international explique en partie l’ampleur du phénomène dénoncé par le gouvernement.
Sur le London Metal Exchange, la référence mondiale, le cuivre se négocie en 2026 entre 9 000 et 10 500 dollars la tonne.
Cette flambée des cours transforme chaque tronçon de câble télécom en cible lucrative pour les réseaux de recel, rendant l’acte de sabotage d’autant plus rentable qu’il y a douze mois.
Le précédent camerounais : un fléau régional déjà chiffré
L’expérience du Cameroun voisin, confronté au même phénomène sur son réseau de fibre géré par l’opérateur public Camtel, donne une idée de l’ampleur que peut prendre ce trafic à l’échelle sous-régionale.
Camtel a recensé plus de 1 000 actes de sabotage sur l’ensemble du territoire camerounais en 2024, les auteurs visant en priorité des points stratégiques du réseau de transport pour sectionner les câbles et perturber le service.
Un expert du secteur, cité par un média spécialisé camerounais, avait estimé le préjudice quotidien pour l’économie nationale à environ 500 millions de francs CFA par jour lors des épisodes de coupure massive.
Un ordre de grandeur qui, ramené à la taille du marché télécoms gabonais, donne la mesure du risque économique que représente la multiplication des actes similaires à Libreville.
Une facture déjà mesurée sur le sol gabonais
Le Gabon dispose d’ailleurs de son propre point de comparaison.
Lors de la suspension des réseaux sociaux décidée par la Haute Autorité de la Communication en février 2026, les opérateurs télécoms : Moov Africa Gabon Telecom, Airtel et CanalBox ont subi une perte de 15 % à 30 % de leurs revenus data quotidiens, soit un manque à gagner évalué entre 40 et 60 millions de FCFA par jour de perturbation.
Une coupure physique de câble due au vol produit un effet économique comparable, à ceci près qu’elle immobilise le réseau sur une durée souvent plus longue, le temps des travaux de réparation.
Des dizaines de milliers d’abonnés exposés à chaque incident
L’ampleur de l’impact tient aussi au nombre d’usagers concernés. Des précédents sur le réseau filaire gabonais ont montré qu’un incident technique sur une infrastructure critique peut affecter plus d’un million d’abonnés du principal opérateur historique.
Si les vols de cuivre touchent le plus souvent des portions plus limitées du réseau de desserte locale, leur multiplication sur des points névralgiques finit par produire un effet cumulatif comparable, avec des quartiers entiers de Libreville privés d’ADSL, de FTTH ou de téléphonie fixe.
L’absence de chiffrage officiel
Au final, la principale faiblesse du gouvernement reste économique avant d’être sécuritaire : aucune évaluation du manque à gagner pour les opérateurs, aucune estimation du volume de cuivre exporté frauduleusement, aucun chiffrage du coût de réparation des infrastructures.
C’est pourtant ce type de données à l’image des 500 millions de FCFA quotidiens évoqués au Cameroun ou des 40 à 60 millions mesurés au Gabon au début de l’épisode de suspension des réseaux sociaux, qui permettrait de calibrer une réponse publique à la hauteur du préjudice réel, plutôt qu’une réaction fondée sur la seule perception d’un phénomène « récurrent ».



