Le géant minier Fortescue condamné en Australie : Quelles leçons à tirer pour l’exploitation de Bélinga ?

DIG/ Le 12 mai 2026, la justice australienne a condamné Fortescue à verser 108 millions de dollars au peuple Yindjibarndi, dont les terres ancestrales de Pilbara ont été ravagées par les activités minières du groupe.

124 sites patrimoniaux détruits, une zone de 135 km² rendue inaccessible et 80 milliards de dollars de revenus engrangés depuis 2013 sans le consentement des propriétaires coutumiers.

Une condamnation historique. Et un signal d’alarme qui devrait résonner jusqu’à Libreville.

Car c’est le même Fortescue qui opère à Belinga. Depuis la convention minière signée en février 2023, le géant australien exploite le gisement via sa filiale Ivindo Iron, dont il contrôle 72 % des parts.

Le projet se déploie dans la province de l’Ogooué-Ivindo, une région d’environ 25 000 habitants.

Les premières expéditions ont démarré dès fin 2023, à une cadence qui laisse peu de place à la concertation communautaire.

Premières frictions

Les signaux de tension existent pourtant.

Les populations locales accusent Fortescue d’exploitation sauvage : destruction de la route Belinga-Booué sous le poids du trafic minier, interrogations sur la nature réelle du minerai acheminé vers l’Australie.

Une pétition a, même, réclamé la suspension de la convention, invoquant le droit des Gabonais à protéger leurs ressources naturelles pour les générations futures.

Des voix minoritaires aujourd’hui, mais que l’histoire australienne invite à prendre au sérieux.

Prudence et interrogations

Fortescue met en avant ses engagements sociaux. Le projet emploie 754 personnes, dont 89 % de Gabonais, avec une part notable issue de l’Ogooué-Ivindo.

L’État a créé un Haut-Commissariat chargé du pilotage du projet et de la médiation avec les communautés locales. Des initiatives réelles, mais qui restent déclaratives, sans ancrage juridique contraignant pour les droits des riverains.

Le peuple Yindjibarndi avait un titre foncier reconnu depuis plus de vingt ans. Il a quand même fallu quatre ans de tribunal pour obtenir réparation.

Au Gabon, où les droits coutumiers des peuples forestiers sont peu formalisés, le risque est identique.

Fortescue est-il de bonne foi à Belinga ? La question mérite d’être posée. Mais la vraie question est ailleurs : le Gabon s’est-il donné les moyens de ne pas le découvrir trop tard ?

 

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La Redaction

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