DIG/ Le 28 juillet 2026, en marge de la 49ᵉ session du Conseil exécutif de l’Union africaine, le Gabon et la Guinée équatoriale ont signé à Addis-Abeba un « Accord d’engagement conjoint » pour l’application de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ).
Ce texte, paraphé par les ministres des Affaires étrangères des deux pays sous le regard du président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, ne revient pas sur la souveraineté, déjà tranchée par La Haye en faveur de Malabo sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga.
Il en organise la traduction concrète : démarcation des frontières terrestres et maritimes, mécanismes de suivi bilatéral, poursuite du dialogue technique.
Un contentieux vieux de cinq décennies
Le différend remonte aux années 1970, lorsque la Guinée équatoriale revendique pour la première fois ces îlots inhabités de la baie de Corisco, occupés depuis 1972 par un détachement de gendarmes gabonais.
Après une accalmie consécutive à un traité de 1974, le dossier ressurgit dans les années 1990, alimenté par l’hypothèse (contestée par certains chercheurs) de réserves pétrolières dans les eaux environnantes.
Une médiation onusienne engagée en 2003 échoue, avant que les deux pays ne s’accordent en 2016 pour porter l’affaire devant la CIJ.
Ce que dit réellement l’arrêt de la CIJ
Contrairement à une lecture répandue, la Cour n’a pas « attribué » un territoire de manière unilatérale : elle s’est prononcée sur la validité des titres juridiques et traités invoqués par chaque partie, donnant raison aux arguments équato-guinéens, tout en renvoyant les deux États à la négociation pour en tirer les conséquences pratiques sur le terrain.
C’est précisément cette étape que l’accord du 28 juillet vient combler, dix-huit mois après le verdict.
La médiation africaine comme cadre de sortie
Le rôle de l’Union africaine, via son envoyé spécial Albert Shingiro, a été déterminant dans les dernières semaines pour transformer un arrêt juridique en processus diplomatique opérationnel.
Cette implication traduit une volonté, affichée par les autorités gabonaises, de privilégier les mécanismes africains de règlement des différends plutôt que la seule voie contentieuse internationale, une orientation cohérente avec le discours d’Oligui Nguema devant le Parlement, qui invoquait déjà le respect du droit international et la poursuite du dialogue.
Des enjeux qui dépassent le symbole
Au-delà de la question de souveraineté, l’accord ouvre la voie à la délimitation des zones économiques exclusives dans une région où les deux pays font face à un déclin de leur production offshore.
Il s’inscrit aussi dans un contexte sécuritaire régional marqué par la piraterie maritime et les trafics transnationaux dans le golfe de Guinée, où une incertitude frontalière prolongée constituait un facteur de vulnérabilité supplémentaire pour l’ensemble de la sous-région.
Ce qui reste à faire
La signature du 28 juillet ne clôt pas le dossier : elle enclenche une phase technique et administrative, celle de la démarcation effective sur le terrain, qui déterminera si la réconciliation frontalière affichée à Addis-Abeba se traduit durablement dans les faits entre les deux « Républiques sœurs » d’Afrique centrale.



