DIG/ Le geste se voulait fort. En recevant lui-même les vendeurs d’eau informels au Palais des sports le 2 juillet 2026, le Président Oligui Nguema a choisi de traiter en direct une crise qui pourrissait le quotidien des Librevillois.
Selon les autorités , il n’est plus question de laisser filer les prix pendant que la pénurie s’installe.
Mais derrière la mise en scène présidentielle, une question s’impose d’emblée : un chef de l’État doit-il descendre à ce niveau de gestion opérationnelle pour que le marché de l’eau retrouve un semblant d’ordre ?
Sapeurs-pompiers et vendeurs informels, un attelage inédit
L’architecture retenue interroge autant qu’elle surprend. Associer le corps des sapeurs-pompiers, habitué aux urgences et aux sinistres, à des commerçants jusqu’ici informels, relève d’un bricolage institutionnel assumé.
Officialiser l’accès à leurs points d’eau pour alimenter un réseau de distribution civile n’est pas leur mission première.
Ce choix trahit surtout l’absence d’alternative immédiate côté SEEG ou des structures publiques dédiées à l’eau, contraignant l’exécutif à mobiliser ce qu’il a sous la main plutôt que ce qu’il faudrait construire.
Le prix divisé par trois, une victoire à court terme
Sur le papier, la baisse est spectaculaire : de 10 000 à 3 000 FCFA la cuve, soit une chute de plus de 70%.
Pour les ménages qui subissaient de plein fouet la spéculation liée à la rareté, le soulagement est immédiat et tangible.
Reste à savoir si ce tarif plancher tiendra sur la durée, une fois l’attention médiatique retombée et les contrôles relâchés.
Rien dans les annonces ne précise les mécanismes de sanction en cas de dérapage, ni qui sera chargé de vérifier que les commerçants « régularisés » respectent effectivement ce plafond sur le terrain.
Une solution d’urgence qui ne dit pas son nom de pansement
Le Chef de l’État lui-même a pris soin de qualifier ce dispositif de solution d’urgence, renvoyant implicitement aux autorités compétentes le soin de traiter le mal à la racine.
L’aveu est de taille : ce plan hydrique ne résout rien de structurel, il gagne simplement du temps.
Or le temps, en matière d’infrastructures d’eau potable, se compte en années d’investissement, non en mesures d’affichage prises au Palais des sports.
La vraie question reste entière : quand l’État s’attaquera-t-il enfin aux causes profondes de cette pénurie chronique, plutôt qu’à ses seuls symptômes ?



