Mines : Mais où stocke-t-on l’or du Gabon ?

DIG / Selon le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, la production nationale d’or devrait passer de 400 à 800 kilogrammes cette année.

Ce bond, rendu possible par la montée en puissance des activités aurifères dans les provinces de l’Ogooué-Ivindo et de la Ngounié, intervient dans un contexte de cours mondiaux historiquement élevés.

Une aubaine, certes. Mais dans un secteur où la traçabilité reste un défi structurel, ce doublement pose autant de questions qu’il n’apporte de réponses :

Qui certifie les volumes extraits, et selon quel dispositif de contrôle ?

Mais surtout ou stock t-on l’or du Gabon ?

Entre circuit formel et zones d’ombre artisanales

Le secteur aurifère gabonais repose encore sur une dualité difficile à résorber. D’un côté, des opérateurs industriels détenteurs de permis réguliers, soumis en théorie aux obligations déclaratives de la Direction générale des mines.

De l’autre, une orpaillage artisanal persistant, dont une part significative échappe aux circuits officiels.

L’or extrait dans ces conditions peut être exporté de manière informelle vers des places régionales comme Pointe-Noire ou Accra, sans jamais transiter par les caisses de l’État.

La question du stockage physique du métal n’est donc pas secondaire : Elle est le révélateur d’un système de gouvernance encore lacunaire.

Selon les chiffres de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), en 2024, les ventes d’or ont explosé pour atteindre un chiffre record de 68,1 milliards de francs.

Soit une hausse prodigieuse de 183 % par rapport à 2023 où les ventes avaient atteint 24 milliards de francs.

La BEAC  dans l’équation

Dans la zone CEMAC, c’est normalement la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) qui joue le rôle d’institution de référence pour la gestion des réserves en métaux précieux.

Mais le Gabon ne dispose pas, à ce jour, d’une infrastructure nationale de raffinage ni d’un mécanisme officiel d’achat de l’or produit sur son sol.

Pourtant, le Conseil des ministres du 19 février 2021 avait approuvé le Projet d’ordonnance portant création d’une réserve stratégique d’or en République Gabonaise.

5 ans plus tard, où en est le projet ? 

Contrairement au Mali ou au Ghana, qui ont développé des dispositifs d’acquisition publique pour alimenter leurs réserves de change, Libreville reste tributaire d’exportations directes vers des raffineries étrangères, principalement européennes sans valorisation locale préalable.

Ce vide institutionnel prive le pays d’un levier pourtant stratégique.

Un chantier réglementaire encore inachevé

Les autorités gabonaises affichent la volonté de faire de l’or un pilier de la diversification économique, au même titre que le manganèse.

Mais la concrétisation de cet objectif suppose un arsenal réglementaire que le pays ne possède pas encore pleinement : une chaîne de certification des lingots, un cadre fiscal incitatif mais contraignant pour les exportateurs, et surtout un organe de traçabilité opérationnel.

 

 

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La Redaction

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