DIG / La tension autour du chantier très controversé du Monument Georges Damas Aléka a franchi un nouveau palier : le 27 juillet 2026 à Libreville, alors que le président Brice Clotaire Oligui Nguema effectuait une visite d’inspection sur ce site hautement symbolique situé sur le bord de mer de Libreville, l’architecte et maître d’œuvre du projet, Erick Mauro Nguémah, est demeuré introuvable dans le cortège officiel.
Dans la foulée de cette absence remarquée, l’ancien président de l’Ordre Gabonais des Architectes a été interpellé par la Direction générale des recherches (DGR) pour être entendu par les enquêteurs.
Une interpellation sur fond de retards et de milliards engloutis
L’arrestation d’Erick Mauro s’inscrit dans un climat de vive exaspération des autorités gabonaises face au retard colossal accusé par le projet.
Érigé en hommage à l’auteur de La Concorde, l’hymne national du Gabon, ce monument qui intègre également un musée et des pavillons culturels accuse plus de deux ans de retard sur le calendrier initial.
La colère du gouvernement repose sur plusieurs facteurs clés :
-Un budget abyssal : Financé sur fonds publics, le chantier a déjà coûté plus de 8,5 milliards de FCFA.
-Une rallonge budgétaire d’urgence : À l’approche des festivités de la Fête de la Libération (30 août) et de la Fête nationale (17 août), l’État a dû débloquer 300 millions de FCFA supplémentaires en urgence afin d’achever la façade et de rendre opérationnel l’ascenseur menant au musée.
-Mise en garde de la présidence : Quelques jours avant l’incident, le 17 juillet, la présidence de la République, par la voix de son porte-parole Théophane Nzame-Nze Biyoghe, avertissait publiquement que les manquements et la mauvaise gestion contractuelle sur ce chantier « ne resteraient pas impunis ».
Du coup de pression ministériel à l’action judiciaire
Le dossier du monument Georges Damas Aléka avait déjà fait l’objet de multiples rappels à l’ordre. En septembre 2025, le ministre des Travaux publics et de la Construction, Edgard Moukoumbi, avait fermement signifié à Erick Mauro qu’« aucun retard supplémentaire ne serait toléré », fixant la livraison à février 2026.
Si une accélération des travaux avait été constatée en fin d’année 2025, les blocages techniques et financiers ont fini par épuiser la patience des autorités, soucieuses de ne pas laisser ce lieu de mémoire nationale se transformer en « éléphant blanc ».
Une enquête ouverte par la DGR
Le 27 juillet, sur le site du chantier, seule la voiture d’Erick Mauro stationnait sans son propriétaire. Conduit dans les locaux de la DGR, l’architecte fait désormais face à des investigations approfondies.
Les enquêteurs cherchent à déterminer les responsabilités exactes dans la gestion des fonds publics octroyés et le non-respect répété des engagements contractuels.
Cette interpellation marque la volonté affichée des autorités de faire toute la lumière sur ce dossier emblématique de la restructuration des marchés publics au Gabon.



