DIG/ Le 7 août 2026, Lionel Giovanni Boulingui citoyen gabonais, a publié une vidéo devenue virale, montrant des tracteurs stationnés à ciel ouvert sur la place de fête de Tchibanga.
Dès le lendemain, le Directeur provincial de l’agriculture de la Nyanga a organisé une visite de presse pour démentir tout abandon, rappelant que ces engins constituent une dotation du Gouvernement de la 5e République, remise en juillet 2025 par l’ancien ministre de l’Agriculture.
Une question s’impose d’emblée : si ces engins étaient réellement utilisés de façon régulière, pourquoi leur présence prolongée sur un site public, visible de tous, n’a-t-elle suscité aucune communication proactive de l’administration avant que la polémique n’éclate ?
La rapidité de la riposte trahit moins une confiance sereine dans les faits qu’une urgence à reprendre la main sur un récit qui menaçait d’échapper à l’administration.
Une maintenance est en cours » : aveu déguisé ou simple précaution de langage ?
Les autorités de Tchibanga affirme qu’il n’y a « aucune panne » sur les engins, tout en évoquant, dans la même phrase, une « maintenance en cours » avant une « autre phase des travaux ».
Comment concilier ces deux affirmations ? Une maintenance suppose, par définition, un arrêt d’exploitation ce qui revient à confirmer, sans le dire explicitement, que le matériel n’était pas en activité au moment où la vidéo a été tournée.
Le démarrage des tracteurs devant les caméras prouve seulement qu’ils peuvent fonctionner à l’instant où on les sollicite pour la presse ; il ne dit rien de la fréquence réelle de leur utilisation ni du temps qu’ils ont passé immobiles avant cette démonstration.
Le témoignage de l’UCAN suffit-il à couvrir l’ensemble du parc ?
Hortense Moundounga, présidente de l’Union des coopératives agricoles de la Nyanga (Ucan), avance un chiffre concret : 33 hectares travaillés à Mougoutsi grâce à ces engins. L’Ucan revendique trois sites d’exploitation : Mougoutsi, Bagnara et Mabotsa.
Qu’en est-il des deux autres ? Aucune donnée n’est fournie sur leur niveau d’activité, ni sur le nombre exact de tracteurs mobilisés sur chacun d’eux au regard du parc total visible sur la vidéo initiale.
Se défendre en citant un seul site sur trois répond-il vraiment à l’accusation, ou ne fait-il que déplacer le doute plutôt que le dissiper ?
Pourquoi stocker du matériel agricole sur une place publique plutôt que dans un site sécurisé ?
Au-delà des versions contradictoires, une question pratique demeure sans réponse : pourquoi des engins financés par une dotation gouvernementale sont-ils entreposés à ciel ouvert, sans protection ni signalétique, sur un espace aussi fréquenté qu’une place de fête ?
Ce choix logistique interroge la gestion même de ces équipements, indépendamment de leur taux d’utilisation. Un site sécurisé et clôturé n’aurait-il pas évité, à lui seul, la controverse actuelle et surtout, n’aurait-il pas mieux préservé un matériel présenté comme stratégique pour l’agriculture provinciale ?
Une controverse locale, ou le symptôme d’un défaut structurel de suivi ?
Ce round de déclarations contradictoires laisse une question de fond sans réponse : existe-t-il, quelque part dans l’administration, un registre public et vérifiable de l’utilisation réelle des engins agricoles distribués aux coopératives depuis 2025 ?
Tant qu’aucune donnée chiffrée et indépendante : calendrier d’usage, superficies effectivement travaillées, état détaillé du parc n’est rendue publique, chaque signalement citoyen continuera de se heurter à une communication de crise fondée sur le démenti plutôt que sur la preuve.
Et c’est peut-être là la vraie question que pose l’affaire de Tchibanga : les autorités gabonaises sont-elles en mesure de documenter ce qu’elles distribuent, ou se contentent-elles de le défendre lorsqu’on les y contraint ?



