La productivité agricole peut relancer la croissance en Afrique, selon la Banque mondiale

L’amélioration de la productivité agricole en Afrique subsaharienne permettrait d’augmenter les revenus des agriculteurs, de réduire le coût de la nourriture et de promouvoir une croissance économique plus générale. C’est ce qu’affirme un nouveau rapport de la Banque mondiale intitulé Obtenir de meilleurs résultats : priorités en matière de dépenses publiques pour les gains de productivité de l’agriculture africaine, qui s’intéresse à la manière dont des dépenses publiques agricoles efficaces et adaptées aux enjeux du changement climatiques pourraient tout à la fois faire reculer la pauvreté et transformer en profondeur les économies subsahariennes.

« Un secteur agricole dynamique, durable et résilient est vital pour l’avenir économique de l’Afrique subsaharienne », souligne Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique. « Si nous voulons réduire significativement la pauvreté, nous devons tout mettre en œuvre pour stimuler la productivité et la compétitivité de l’agriculture africaine. »

Selon le rapport, la principale difficulté tient au fait que les pays d’Afrique subsaharienne dépensent moins pour leur agriculture que les autres pays en développement. En outre, les sommes allouées à ce secteur, notamment les programmes de subventions et de transferts sont mal réparties. Elles profitent essentiellement aux gros exploitants agricoles, qui n’en n’ont pas besoin, et ont un impact négligeable sur le secteur agricole en général et sur les populations les plus pauvres.

« Les pays d’Afrique subsaharienne n’investissent pas suffisamment dans des biens publics à fort rendement économique, notamment dans le développement et la diffusion de nouvelles technologies agricoles, dans le renforcement des mécanismes de marchés et dans les infrastructures rurales », déplore Aparajita Goyal, économiste principale à la Banque mondiale qui a codirigé l’étude. « Des dépenses publiques agricoles plus efficaces et réorientées vers ce type d’investissements pourraient améliorer considérablement la productivité agricole. »

Toutes les conditions sont réunies pour avoir une agriculture plus intensive en Afrique, estime le rapport. Les marchés régionaux sont en plein essor, portés par la démographie, l’urbanisation et l’augmentation des revenus, et devraient représenter mille milliards de dollars à l’horizon 2030.

D’autant plus que les perspectives du côté de l’offre sont prometteuses et que le continent peut compter sur des ressources abondantes pour augmenter la production agricole.

Le rapport s’appuie sur des expériences réussies en Afrique et dans d’autres pays en développement pour réfléchir à la manière de mieux gérer les dépenses publiques. En Amérique latine et en Asie, les périodes de forte croissance agricole ont été marquées par la mise en place de programmes de promotion des intrants qui sont parvenus à lever les principaux obstacles à la productivité, grâce à des investissements intégrés dans les technologies améliorées, les services de vulgarisation, la gestion de l’eau et du sol et l’établissement de liens avec les marchés.

Les pays d’Afrique subsaharienne pourraient faire de même et accroître l’impact de leurs investissements actuels en réduisant leurs subventions trop importantes aux engrais, au profit d’autres investissements plus pertinents et complémentaires. Ces pays doivent réexaminer la conception et la mise en œuvre de leurs programmes de subvention tout en axant davantage leurs dépenses publiques sur les biens et politiques qui offrent un rendement élevé. Cela pourrait engendrer des gains de productivité significatifs. Le rapport identifie les domaines que les gouvernements africains devraient financer en priorité:

  • Lever les barrières Ă  la diffusion de technologies Ă©trangères et au dĂ©veloppement de technologies nationales : les pays aux ressources budgĂ©taires limitĂ©es doivent adopter des politiques destinĂ©es Ă  rĂ©duire les barrières Ă  la diffusion des technologies Ă©trangères et Ă  encourager l’investissement privĂ© pour dĂ©velopper des technologies nationale ;
  • Investir dans la gouvernance foncière : Il faudra investir massivement pour mettre un terme Ă  la dĂ©gradation et Ă  l’épuisement des sols. Il faudra Ă©galement impĂ©rativement amĂ©liorer la sĂ©curitĂ© foncière pour pĂ©renniser les gains de productivité ;
  • AmĂ©liorer les services de vulgarisation : il faudra encourager l’adoption systĂ©matique des technologies modernes, en organisant des sĂ©ances de communication et d’apprentissage aux exploitants en milieu rural ;
  • AmĂ©liorer les activitĂ©s après rĂ©coltes et l’accès aux marchĂ©s : Il est indispensable d’investir  dans des Ă©quipements de transformation, dans l’accès aux marchĂ©s et dans les infrastructures connexes. Il faudra Ă©galement entreprendre des rĂ©formes politiques susceptibles de promouvoir l’agriculture commerciale pour transformer l’agriculture africaine.

De plus, une meilleure régulation et une réforme des politiques commerciales renforceraient l’efficacité des dépenses publiques. Les producteurs, les laboratoires de recherches agronome et les entreprises innovantes seront ainsi encouragés à investir afin de tirer pleinement parti des biens publics créés.

La transformation de l’agriculture africaine ne pourra se faire sans un ensemble d’actions coordonnées en faveur de la productivité agricole. Faute de réformes, les dépenses publiques à fort rendement s’avèreraient improductives voire même contreproductives.

Enfin, une meilleure budgétisation permettrait également d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques dans l’agriculture et d’accroître la productivité de ce secteur en Afrique subsaharienne.

 

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La Redaction

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