Projets immobiliers : Mays Mouissi peut-il réussir là où tout le monde a échoué ?

DIG / Avec un déficit chronique estimé à près de 300 000 logements, le Gabon fait face à une urgence sociale absolue.

Pourtant, sur le terrain, les chantiers ont longtemps donné l’impression d’être figés dans le ciment de l’inertie. Pourquoi la machine immobilière est-elle restée si longtemps grippée, et comment tente-t-elle aujourd’hui de s’en sortir ?

Le péché originel : le grand flou du foncier

Si l’immobilier coinçait au Gabon, c’est d’abord parce que bâtir y relevait du parcours du combattant juridique.

Un chiffre résume à lui seul l’ampleur du désastre historique : depuis 1905, le Gabon n’avait produit qu’environ 33 000 titres fonciers sur l’ensemble de son territoire.

Cette rareté administrative a nourri un système paralysant :

-Une insécurité juridique totale : Occupations anarchiques, ventes de gré à gré informelles et superpositions de droits sur une même parcelle.

-Le frilosité des banques : Sans titre foncier indiscutable à présenter comme garantie, impossible pour les citoyens (et de nombreux promoteurs) d’obtenir des crédits immobiliers. Pas de financement, pas de chantier.

L’électrochoc de « l’urbanisme de vérité »

Face à ce constat, le ministère du Logement, de l’Habitat et du Cadastre, sous la houlette de Mays Mouissi, a choisi de briser les tabous en lançant l’opération Régularisation Foncière de Masse (RFM).

Le ministère a opéré un véritable coup d’accélérateur : 16 811 décisions de cession en toute propriété ont été traitées et transmises à la Conservation foncière en seulement cent jours.

À titre de comparaison, l’administration n’en avait produit qu’un millier sur toute l’année précédente.

L’objectif affiché est clair : assainir le terrain pour rassurer, enfin, les investisseurs. Pour moderniser son cadastre, Libreville n’hésite plus à s’inspirer des modèles ouest-africains, notamment ivoiriens, pour digitaliser ses procédures.

Le retour des champions africains et des banques

Puisque le foncier commence à se clarifier, les grands partenariats – autrefois enlisés – reprennent vie. Le Gabon ne tourne plus le dos aux réussites du continent :

-Le retour d’Addoha : Le géant marocain a relancé ses programmes à Angondjé (Akanda) et au Pont Nomba (Owendo) dans le cadre d’une convention visant la construction de 5 000 logements économiques et sociaux.

-Le levier Fayolle : Le ministère explore activement de nouveaux partenariats avec des groupes comme Fayolle Construction pour concevoir des projets mixtes et durables.

-Le réveil du financement local : Signe que la confiance revient, un pool bancaire (mené par BGFI Bank et Coris Bank) a récemment mobilisé 128 milliards de FCFA pour le financement de 3 100 unités de logements à Bikélé-Nzong.

Nouvelles fondations

Si le secteur immobilier gabonais a si longtemps coincé, c’est parce qu’on a voulu construire des maisons avant de sécuriser la terre sur laquelle elles reposent.

En acceptant de solder les erreurs du passé par une régularisation massive et une numérisation des structures, le Gabon pose enfin les fondations nécessaires pour que les grues recommencent à tourner durablement.

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La Redaction

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