Tribune / Orpaillage, quel gâchis !

Par Edgard MFOUBA*

Entrepreneur, Fondateur du cabinet GABAO SC spécialisé en modélisation économique de projets

« A Ndjolé, Lastourville, Minkébé et dans d’autres bassins aurifères du pays, l’or continue de faire vivre des milliers de personnes dans l’informel. Derrière les démantèlements à répétition se cache surtout l’absence d’un modèle économique et territorial adapté.

De Ndjolé à Lastourville, en passant par Minkébé, le scénario est toujours le même. Les autorités démantèlent des sites d’orpaillage clandestin, les exploitants se dispersent, puis l’activité réapparaît quelques semaines plus tard ailleurs. Cette répétition devrait nous interroger. Car si le phénomène persiste malgré les opérations de police, c’est probablement que nous continuons à combattre les conséquences sans traiter les causes.

L’orpaillage clandestin constitue certes une menace pour l’environnement et la souveraineté nationale. Mais il révèle aussi un immense potentiel économique laissé à l’abandon. Dans des territoires touchés par l’exode rural, où les opportunités d’emploi sont rares, l’or représente souvent l’une des seules activités capables de générer des revenus immédiats.

Le véritable problème n’est pas l’existence de l’orpaillage artisanal. Le Code minier gabonais le reconnaît d’ailleurs. Le véritable problème est l’absence d’un modèle économique et territorial capable de l’organiser, de l’encadrer et d’en faire bénéficier les populations locales.

Combien d’emplois pourraient être créés autour des sites aurifères du pays ? Combien d’anciens militaires, d’anciens éco-gardes, d’agents en retraite ou de jeunes ruraux pourraient être réinsérés dans une activité légale, structurée et productive ? Combien de villages pourraient retrouver une dynamique économique grâce à une exploitation mieux organisée ?

Il est temps de changer d’approche. La gestion de l’orpaillage artisanal devrait être davantage territorialisée en associant les Conseils départementaux, qui sont les autorités publiques les plus proches du terrain. Ceux-ci pourraient superviser les coopératives d’orpailleurs, organiser des comptoirs locaux de collecte et de rachat de l’or, et structurer autour de cette activité toute une chaîne de valeur : approvisionnement en carburant, équipements, matériels, transport et services.

L’État conserverait naturellement son rôle régalien à travers la réglementation, le contrôle stratégique du secteur et la protection des intérêts nationaux. Quant à la société publique, elle pourrait assurer la commercialisation de l’or sur les marchés internationaux.

Une telle organisation permettrait non seulement de réduire l’informel, mais aussi de transformer l’orpaillage en véritable outil de développement local. Les retombées économiques pourraient financer des infrastructures, soutenir les collectivités et contribuer à revitaliser des territoires aujourd’hui fragilisés.

Le Gabon ne manque ni d’or, ni de bras pour travailler, ni de territoires à développer. Ce qui manque encore, c’est une vision capable de transformer cette richesse en prospérité locale. Tant que l’orpaillage sera considéré uniquement comme un problème à réprimer plutôt qu’une activité à organiser, les démantèlements se succéderont, les emplois continueront d’être sacrifiés et le gâchis demeurera ».

 

 

apropos de l auteur

La Redaction

Laisser un commentaire