Recensement des Gabonais économiquement faibles (GEF) : Un fichier social mal construit… à refaire

DIG/ Le nouveau recensement des Gabonais économiquement faibles s’annonce comme un chantier de rattrapage plus que d’innovation.

Le précédent exercice de ce type, le RGEF II mené entre le 14 août et le 30 septembre 2023, devait initialement couvrir l’ensemble du territoire national.

Faute de financement suffisant après la clôture de l’appui de la Banque mondiale fin octobre 2023, il s’est finalement limité à la seule province de l’Estuaire, où 153 agents ont pu enrôler 52 576 personnes.

Sur ce total, seuls 23 005 dossiers ont fait l’objet d’une visite à domicile permettant de transformer la fiche d’enrôlement en questionnaire complet, soit moins de la moitié des inscrits.

Huit provinces sont ainsi restées hors champ, un déséquilibre territorial que la nouvelle opération devra combler sans garantie, à ce stade, d’un dispositif budgétaire plus robuste.

Des besoins largement sous-évalués par les données existantes

L’écart entre la population réellement vulnérable et celle effectivement recensée interroge la pertinence des bases actuelles.

Un rapport du cabinet McKinsey évaluait à environ 95 000 le nombre de foyers économiquement faibles au Gabon, soit près de 30% de la population, avec des revenus mensuels inférieurs à 80 000 FCFA, sept fois en dessous de la moyenne nationale.

Or le RGEF II n’a permis de finaliser que 23 005 questionnaires complets sur l’ensemble de son périmètre, restreint à une seule province. Le différentiel donne la mesure du travail restant : la couverture nationale du fichier GEF reste très en deçà de l’ampleur réelle de la précarité telle qu’estimée par les études existantes.

Une chaîne de dépendance à la fiabilité du RGPL

Ce nouveau recensement des personnes vulnérables s’appuie explicitement sur les résultats provisoires du Recensement général de la population et du logement (RGPL), remis à la présidence début juillet avec un taux de couverture national annoncé de 97%.

Mais ce taux porte sur le dénombrement démographique global, pas sur la qualification socio-économique fine des ménages, une donnée que seul un recensement GEF dédié peut produire.

Le risque est celui d’une confusion d’échelle : un excellent taux de couverture au niveau national ne garantit pas, à lui seul, la précision du ciblage des foyers réellement vulnérables, qui suppose un travail de terrain bien plus lourd, comme l’a montré l’expérience de 2023.

L’enjeu du calendrier et de la méthode

Le dernier exercice de recensement des Gabonais économiquement faibles à véritable portée nationale remonte à plus d’une décennie.

Entre-temps, les tentatives partielles : enquêtes de certification, phases pilotes limitées à un quartier ou une province, n’ont jamais permis de reconstituer un fichier exhaustif et à jour.

La question centrale que pose ce nouveau chantier n’est donc pas seulement celle de son lancement, mais celle des moyens humains et financiers mobilisés pour éviter de reproduire le schéma de 2023 : une collecte partielle, un fichier incomplet, et des mécanismes de solidarité nationale continuant de s’appuyer sur des données parcellaires.

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La Redaction

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