Scission de la SEEG en 2027 : Qui va hériter de la dette de 150 milliards de FCFA ?

DIG / L’annonce faite par le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, lors du conseil d’administration de la SEEG le 31 juillet 2026, a le mérite de la franchise comptable.

Une perte nette de 45,6 milliards de FCFA, des charges financières multipliées par quatorze en quelques années, un chiffre d’affaires quasiment gelé entre 2020 et 2023 : le diagnostic dresse le portrait d’une entreprise à l’agonie financière.

Surtout que lors de son précédent passage, le 23 février 2026, sur le plateau de Gabon 24, le ministre avait indiqué que la dette de la SEEG s’élevait à près de 150 milliards de FCFA, consécutive , avait-il précisé, à des problèmes de mauvaise gouvernance combinée à la faiblesse de sa trésorerie qui ne lui permettait plus de payer ses fournisseurs.

Ainsi l’assurance selon laquelle « le passif de la SEEG ne sera pas transféré aux futures entités » soulève une interrogation que le communiqué officiel n’aborde pas de front, celle du destinataire final de cette dette.

Une structure de défaisance, mais financée par qui ?

Le principe est classique en matière de restructuration d’entreprise publique : isoler le passif dans une structure ad hoc pour permettre aux nouvelles entités de démarrer sur des bases saines.

Reste que cette « structure spécifique » évoquée par le ministre devra, elle, être financée : par le budget de l’État, par une réévaluation d’actifs, ou par une renégociation avec les créanciers de la SEEG.

Aucune de ces pistes n’a été précisée à ce stade. Dans un contexte où le Gabon vient de lever plus de 524 milliards de FCFA sur les marchés financiers internationaux, la question de savoir si une partie de cette manne ou d’un futur emprunt dédié servira à éponger ce passif mérite d’être posée aux autorités gabonaises.

La montée de l’État au capital, un signal à double lecture

La demande faite aux actionnaires de porter la participation publique de 56 à 67 %, pour satisfaire au seuil de majorité exigé par l’OHADA, ajoute une dimension supplémentaire au dossier.

Une telle manœuvre suppose soit un rachat de parts auprès des actionnaires minoritaires, soit une augmentation de capital diluant leur poids. Dans les deux cas, l’opération a un coût, qui vient s’ajouter à celui du désendettement et qui reste, lui aussi, non chiffré publiquement.

L’apurement ne suffit pas s’il n’est pas suivi d’une nouvelle discipline financière

L’expérience d’autres entreprises publiques restructurées sur le continent montre qu’un simple nettoyage du bilan, sans réforme de la gouvernance opérationnelle et du cadre tarifaire, ne garantit pas la fin du cycle d’endettement.

La vigilance devrait donc porter moins sur la scission elle-même que sur ce qui viendra combler, à moyen terme, le déficit structurel identifié par l’audit : hausse tarifaire, subvention publique pérenne, ou gains de productivité réels des futures GDE et EDG.

Sans réponse claire sur ces points d’ici le 1er janvier 2027, le risque est de transférer un problème plutôt que de le résoudre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Redaction

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