Scission de la SEEG : Qu’est-ce qui va vraiment changer ?

DIG / Jusqu’ici, un seul interlocuteur répondait  de l’eau et de l’électricité. Demain, deux sociétés distinctes, avec chacune son conseil d’administration, sa direction générale et ses indicateurs de performance propres.

Sur le papier, c’est un progrès : les responsabilités seront enfin identifiables.

Mais la création de deux structures autonomes signifie aussi deux appareils administratifs, deux systèmes d’information, deux réseaux commerciaux.

La question n’est pas seulement de savoir si la réforme est bonne, elle l’est structurellement. Elle est de savoir si l’État gabonais a les moyens humains et financiers de la conduire sans créer une nouvelle usine à gaz.

Des coûts de fonctionnement qui vont mécaniquement augmenter

La mutualisation était le principal argument en faveur du modèle intégré : une facturation commune, des agences partagées, des équipes d’intervention polyvalentes.

En scindant la SEEG, ces économies d’échelle disparaissent. Chaque entité devra financer sa propre logistique, ses propres systèmes informatiques, ses propres frais de siège.

Dans un contexte où la SEEG accumule déjà des arriérés auprès de ses fournisseurs et où l’État tarde à régler ses propres factures, cette inflation des coûts fixes est un risque réel.

Qui paiera la différence ? Les usagers, via une hausse tarifaire ? L’État, via des subventions supplémentaires ? La réponse reste soigneusement esquivée.

Plus de personnel, plus de masse salariale : qui arbitre ?

La SEEG compte 2 300 agents pour des résultats jugés insuffisants, le chef de l’État lui-même a parlé d’effectifs pléthoriques.

La scission va mécaniquement générer des doublons : deux directions des ressources humaines, deux services financiers, deux directions techniques.

Soit l’État accepte cette inflation de la masse salariale, soit il procède à des suppressions de postes, perspective politiquement sensible dans un contexte social encore fragile.

La question des agents dont le profil est transversal, ceux qui travaillent aujourd’hui indifféremment sur les réseaux eau et électricité, pose un défi de réaffectation que les textes n’ont pas encore tranché.

Une manne financière à double tranchant pour l’État

Deux sociétés autonomes, c’est potentiellement deux leviers de financement distincts : emprunts obligataires ciblés, partenariats public-privé sectoriels, appels à des bailleurs spécialisés dans l’eau ou dans l’énergie.

En théorie, l’État pourrait attirer des capitaux qu’une SEEG tentaculaire et opaque ne parvenait plus à mobiliser.

En pratique, cela suppose que les bilans des deux entités soient d’abord assainis or la dette héritée de la structure actuelle devra bien être répartie, et aucun investisseur sérieux ne signera avant d’avoir vu des comptes certifiés. La manne n’existera que si la gouvernance suit.

La vraie rupture sera réglementaire, pas organisationnelle

Changer les organigrammes ne suffit pas. Ce qui fera la différence, c’est la capacité de l’ARSEE à réguler deux opérateurs distincts avec rigueur, à imposer des contrats de performance contraignants et à sanctionner les manquements.

C’est aussi la volonté de l’État de payer ses propres factures à temps, lui qui figure parmi les plus gros débiteurs de la SEEG.

Sans ces deux conditions, la scission restera une réforme de façade : deux logos différents pour les mêmes délestages et les mêmes robinets à sec.

Ce qui change vraiment, c’est l’ambition affichée. Ce qui doit encore changer, c’est tout le reste.

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La Redaction

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