Audit des finances publiques du Gabon : La boîte noire qui inquiète Moody’s

DIG / Commandé dans le sillage du changement de régime d’août 2023, l’audit des finances publiques gabonaises reste à ce jour peu documenté dans l’espace public.

Ni le périmètre exact de la mission, ni les cabinets mandatés, ni le calendrier de restitution n’ont fait l’objet d’une communication officielle claire de la part du gouvernement de la Ve République.

C’est précisément cette opacité qui alimente les inquiétudes de Moody’s, qui cite l’audit à deux reprises dans sa note de dégradation comme un facteur de risque autonome.

Le spectre des passifs cachés

L’agence redoute que l’audit révèle des engagements hors bilan, des dettes contractées sans inscription budgétaire régulière ou des garanties souveraines non déclarées.

Au Gabon, les précédents ne manquent pas : l’échange de dette Mouele d’avril 2025 a lui-même surpris les marchés par son montage.

Si l’audit venait à chiffrer un stock de passifs supplémentaires significatif, la trajectoire de dette déjà projetée entre 15 et 20 % du PIB de besoins annuels de financement deviendrait difficilement soutenable.

Une transparence budgétaire sous surveillance internationale

Le FMI, dont un programme est en discussion avec Libreville, conditionne généralement son engagement à une clarification complète du stock de dette et des engagements contingents de l’État.

L’audit en cours est donc doublement stratégique : il conditionne à la fois la crédibilité de la note souveraine et l’accès à un programme qui pourrait partiellement y remédier.

Tout retard ou résultat défavorable resserrerait simultanément les deux leviers de financement extérieur dont dispose le Trésor gabonais.

Un test de gouvernance pour le régime Oligui Nguema

Au-delà des marchés financiers, l’audit cristallise un enjeu politique central : la capacité du président Oligui Nguema à rompre publiquement avec les pratiques budgétaires opaques de l’ancien régime.

Publier les résultats de manière exhaustive renforcerait la crédibilité de la transition aux yeux des bailleurs ; les minimiser ou les différer enverrait un signal inverse.

Moody’s a tranché : tant que la boîte noire reste fermée, elle est traitée comme un risque et notée en conséquence.

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La Redaction

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