SEEG/EDAN : Oligui Nguema, victime d’un complot organisé ?

DIG / Depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon ne cesse de faire la une pour les mauvaises raisons.

Nommé en octobre 2023 pour redresser l’entreprise, le premier directeur général désigné par le nouveau pouvoir se retrouvait dès l’été 2024 face à une accumulation de crises : délestages à répétition, détournements de recettes mis au jour, fournisseurs étrangers menaçant de couper leur approvisionnement.

Une série noire qui interpelle, tant la simultanéité et la récurrence de ces dysfonctionnements dépassent le simple cadre de la mauvaise gestion héritée.

Le scandale EDAN : un réseau mafieux au cœur du système

La première bombe a explosé en août 2024. Un vaste système de détournement des tickets EDAN a été détecté, causant des pertes financières estimées à plusieurs milliards de francs CFA.

Le mécanisme est d’une sophistication troublante : un serveur parallèle baptisé Supprima 3, pourtant officiellement déconnecté mais toujours opérationnel, permettait d’émettre des tickets EDAN en dehors du système officiel, géré en sous-main par des acteurs bien introduits.

Les fraudeurs, principalement des hommes d’affaires influents et partenaires de la SEEG, avaient mis en place tout un réseau de distribution parallèle, privant l’entreprise de revenus colossaux.

Selon des sources proches du dossier, les véritables cerveaux de l’opération seraient liés à des personnalités puissantes, certaines finançant même des projets militaires. Des profils qui n’ont rien d’inconnus au sein de l’ancien régime.

Sabotage physique : qui sectionne les câbles dans la nuit ?

Si la fraude informatique relevait de la criminalité en col blanc, les attaques physiques sur les infrastructures sont autrement plus alarmantes.

Dans la nuit du 8 au 9 février 2025, des câbles d’alimentation électrique ont été sectionnés dans la centrale à gaz d’Alénakiri, au sud de Libreville.

Le gouvernement a officiellement dénoncé un acte de sabotage visant à « jeter le discrédit » sur les autorités, alors que les coupures récurrentes faisaient enfler le mécontentement populaire.

Le ministre Philippe Tonangoye a lui-même signalé des « curieuses coïncidences » entre la recrudescence des délestages et la fin de l’administration provisoire de la SEEG. Une coïncidence de trop pour ne pas interroger les intentions réelles derrière ces pannes chroniques.

Des enquêtes ouvertes, des résultats inexistants

Face aux scandales, les autorités ont multiplié les réponses institutionnelles : audits ordonnés, administrations provisoires, protocoles d’urgence signés.

En février 2025, l’État a signé un accord avec la société turque Karpowership pour la fourniture de 150 mégawatts via deux centrales flottantes, pendant que le Gabon et la Guinée équatoriale procédaient à l’interconnexion de leurs réseaux électriques.

Pourtant, le fond du problème demeure intact. Quatre mois après l’annonce d’une enquête sur le sabotage d’Alénakiri, aucun auteur n’avait été identifié, aucune suite judiciaire communiquée.

Les délestages se sont au contraire intensifiés, provoquant colère et exaspération dans le Grand Libreville. Des résultats introuvables qui alimentent les doutes sur la capacité ou la volonté de certains réseaux à laisser l’État reprendre la main.

Un complot ? Les indices d’une guerre de l’ombre

La question mérite d’être posée frontalement. La conjonction d’une fraude informatique sophistiquée impliquant des acteurs puissants, d’actes de sabotage physique ciblés, et d’une résistance systématique aux réformes dessine le portrait d’une stratégie d’usure délibérée.

L’objectif serait double : fragiliser économiquement le nouveau pouvoir en privant la SEEG de ses recettes, et discréditer politiquement Oligui Nguema aux yeux d’une population exaspérée par l’obscurité.

L’administrateur provisoire de la SEEG lui-même a reconnu qu’aucun investissement structurant n’avait été réalisé au cours des 20 dernières années, alors que la demande énergétique avait pratiquement doublé entre 2010 et 2024, un terrain fertile que des réseaux hostiles n’auraient aucun mal à exploiter pour amplifier le chaos.

Une réforme structurelle, ultime recours

Conscient que les rustines ne suffisent plus, Oligui Nguema a annoncé en juin 2025 une réforme profonde de la SEEG, incluant la séparation de la gestion du secteur de l’eau de celui de l’électricité.

Une décision structurante, mais qui ne règle pas l’urgence sécuritaire : tant que les auteurs des sabotages et de la fraude EDAN ne seront pas nommément jugés et sanctionnés, la SEEG restera une cible.

La lumière au bout du tunnel ne se trouvera pas dans un accord avec Karpowership, mais dans la neutralisation des réseaux qui, dans l’ombre, ont intérêt à ce que le Gabon reste dans le noir.

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La Redaction

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