DIG / Le débat sur la souveraineté numérique relancé par l’ingénieur Cédric Tchissambou renvoie à une réalité souvent occultée : l’État gabonais a bel et bien géré son propre réseau mobile.
En mars 1999, Gabon Télécom avait créé Libertis, sa filiale mobile détenue à 100%, avant que le capital de la maison mère ne soit cédé à 51% à Maroc Telecom en février 2007, à l’issue d’un appel d’offres international.
La question n’est donc pas théorique. Elle a déjà été posée et la réponse n’a pas convaincu grand monde.
Pourquoi ça n’a pas marché sous l’État
La privatisation avait été engagée avec des objectifs clairs : développer l’entreprise, moderniser et étendre le réseau, faciliter l’accès des populations aux nouvelles technologies à des prix compétitifs.
En clair, l’État gabonais reconnaissait ses propres limites. Maroc Telecom s’était engagé à injecter 100 milliards de FCFA, une somme que les caisses publiques n’auraient pas pu mobiliser.
Quel bilan
La cession à Maroc Telecom a-t-elle tenu ses promesses ? Pas entièrement.
Service client défaillant, prestations en demi-teinte, facturations problématiques : Libertis a perdu la confiance de nombreux abonnés.
En 2018, l’ARCEP avait relevé de nombreuses anomalies sur la couverture 2G, 3G et 4G. Les zones rurales continuent d’attendre.
La renationalisation : une recommandation restée lettre morte
La commission économique et financière du Dialogue national inclusif avait recommandé en avril 2024 la nationalisation de Gabon Télécom, devenue Moov Africa depuis janvier 2021. Mais cette option a depuis été balayée par le ministre de l’Économie numérique.
L’opérateur est passé de 55% de parts de marché en 2018 à moins de 50% en 2023, signe que même sous pilotage privé étranger, la dynamique s’érode.
Le vrai défi : ni retour en arrière, ni statu quo
Le Gabon peut-il gérer son propre réseau mobile ? Techniquement, oui.
Financièrement et institutionnellement, la réponse est plus complexe. Le pays se classe au 10e rang continental sur l’adoption des TIC selon l’UIT, un marché dynamique qu’une nationalisation mal préparée pourrait fragiliser.
Un modèle hybride : État actionnaire stratégique, opérateur technique compétent, régulateur musclé, reste la voie la moins périlleuse.
Encore faut-il en avoir la volonté politique réelle, et pas seulement le discours.



