DIG / Le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est le plancher légal de rémunération du secteur privé.
Le décret n°855/PR/MTE du 9 novembre 2006 le fixe à 80 000 francs par mois, pour le régime général comme pour le régime agricole, avec effet au 1er octobre 2006.
Il a été pris sous la présidence d’Omar Bongo Ondimba. Vingt ans plus tard, ce montant n’a pas changé. La seule évolution notable date du 23 avril 2010 : le décret n°0127/PR/MTEPS/MBCPFPRE, signé d’Ali Bongo Ondimba, fixe le Revenu minimum mensuel (RMM).
Il le porte à 150 000 FCFA, mais ce n’est pas une hausse du SMIG lui-même.
SMIG et RMM : une confusion qui dure
Le RMM englobe le SMIG et diverses primes obligatoires, comme les indemnités de logement, de transport ou d’ancienneté.
À son annonce, le gouvernement précisait qu’il s’appliquerait d’abord au public et au parapublic avant d’être étendu au privé.
Dans le public, sa mise en œuvre n’est devenue effective que depuis 2015. Plusieurs sites citent pourtant 150 000 FCFA comme « SMIG », avec des dates de révision variées (2016, 2018, 2023) mais sans aucun décret à l’appui.
Cet amalgame donne l’impression d’un minimum déjà revalorisé et allège la pression sur l’État.
Des prix qui montent, un salaire qui ne suit pas
Avec 80 000 FCFA, soit environ 122 euros, le SMIG apparaît en décalage avec le coût de la vie, notamment à Libreville, où le logement et l’alimentation pèsent lourdement sur les ménages.
Les syndicats réclament depuis des années un relèvement : la COSYGA a demandé 250 000 FCFA, et les organisations syndicales ont plaidé pour 300 000 FCFA à la fête du travail 2024.
Une question se pose : un salaire de base figé depuis 2006 peut-il encore garantir un niveau de vie décent ?
Pourquoi le SMIG n’a-t-il pas évolué ?
Aucune explication officielle n’a été retrouvée. On ne peut qu’avancer des hypothèses.
L’État redoute des tensions de trésorerie : en 2015 déjà, il voulait les éviter face à la baisse des ressources pétrolières.
Un relèvement pèserait aussi sur les entreprises, surtout les PME. Enfin, l’État a préféré des réformes ciblées, comme le nouveau système de rémunération de la fonction publique, plutôt que de toucher au minimum du privé.
Ces arbitrages, jamais assumés publiquement, justifient-ils vingt ans d’immobilisme ?
Le silence des autorités
En 2024, le chef de l’État s’est engagé à mettre progressivement en œuvre certaines demandes des travailleurs, sans calendrier sur le SMIG.
Le 1er mai 2026, la ministre du Travail, Jacqueline Ilogué épouse Bignoumba, a reconnu que les préoccupations sur le coût de la vie « ne sont ni nouvelles, ni ignorées ».
Elle a promis un dialogue social permanent et la mise en place du Conseil national du dialogue social.
Pendant ce temps, le plancher légal reste celui de 2006, alors que les prix, eux, n’ont pas attendu.
Jusqu’à quand le dialogue social restera-t-il une promesse sans échéance ?



