Trafic de cuivre : Comment Immongault prépare la riposte

DIG/ Le gouvernement gabonais vient de durcir le ton contre le vol et l’exportation frauduleuse de câbles en cuivre.

Lors d’une rencontre tenue le 26 août 2026 avec les acteurs de la filière de recyclage des métaux, le vice-président Hermann Immongault a annoncé des contrôles douaniers systématiques sur les conteneurs de métaux au départ des ports et des poursuites pénales contre l’ensemble de la chaîne — voleurs, receleurs et acheteurs de cuivre d’origine douteuse.

La réaction gouvernementale est bienvenue. Mais elle invite surtout à poser la vraie question : comment ce trafic a-t-il pu s’organiser à cette échelle ?

Un marché illicite qui prospère sur des fondamentaux économiques solides

Le cuivre se négocie actuellement autour de 9 000 à 10 000 dollars (entre 5 et 5,6 millions FCFA) la tonne sur les marchés internationaux.

Pour un voleur de câbles opérant dans les quartiers de Libreville ou sur les axes routiers de l’intérieur, quelques dizaines de kilos suffisent à générer un revenu significatif — souvent supérieur à ce que le marché du travail formel propose à un jeune sans qualification.

Ce différentiel économique est le moteur du trafic, et aucun renforcement des contrôles douaniers ne l’effacera s’il n’est pas accompagné d’une réponse structurelle sur l’emploi et l’économie informelle.

Une chaîne de complicité qui implique des acteurs formels

Ce qui rend ce trafic particulièrement préoccupant, c’est son degré d’organisation.

Le cuivre volé ne disparaît pas seul dans la nature : il est revendu à des collecteurs, conditionné dans des conteneurs, déclaré sous d’autres marchandises et exporté via des ports gabonais.

Cette logistique suppose des complicités dans la filière formelle du recyclage des métaux — et peut-être au-delà.

En ciblant explicitement les receleurs et acheteurs de cuivre d’origine douteuse, le vice-président Immongault reconnaît implicitement que le problème ne se limite pas aux petites mains sur le terrain.

Le coût économique réel, souvent sous-estimé

Chaque câble arraché n’est pas seulement un vol de métal. C’est une coupure Internet pour des centaines d’usagers, une interruption de service pour des entreprises, un retard dans des transactions financières, parfois une mise hors service d’équipements de santé ou de sécurité.

Dans un pays qui ambitionne de devenir un hub numérique sous-régional et qui vient d’inaugurer son premier data center Tier III, le sabotage répété des infrastructures de télécommunication est une contradiction que l’économie ne peut pas absorber indéfiniment.

Ce que la réponse gouvernementale ne dit pas encore

Les mesures annoncées — contrôles douaniers, poursuites pénales, tolérance zéro — sont nécessaires. Mais elles ne sont pas suffisantes.

Une politique durable de lutte contre ce trafic suppose aussi d’agréer et d’auditer rigoureusement les opérateurs de la filière de recyclage des métaux, de tracer les flux de cuivre depuis la collecte jusqu’à l’exportation, et d’intégrer cet enjeu dans une stratégie plus large de protection des infrastructures critiques.

Sans ces dimensions, les annonces du 26 août   de produire quelques arrestations médiatiques sans démanteler le réseau sous-jacent.

apropos de l auteur

La Redaction

Laisser un commentaire