Par Edgard MFOUBA
Entrepreneur, Ancien Directeur Général d’OKOUMÉ Capital
« Pendant longtemps, l’insuffisance de statistiques permettant de documenter certaines réalités économiques, démographiques et sociales du Gabon a été régulièrement déplorée.
Cette faiblesse rendait aussi plus difficile la conception de politiques publiques véritablement adaptées aux réalités du pays.
Les dernières publications de nos administrations et des institutions internationales mettent désormais à notre disposition des chiffres qui nous interpellent.
Le RGPL 2026 établit la population résidente du Gabon à environ 3,52 millions d’habitants, dont 34,1 % d’étrangers, soit plus d’un résident sur trois.
Sur le terrain économique, le Recensement général des entreprises indique que 62,9 % des entreprises exercent dans l’informel. Plus significatif encore au regard du sujet qui nous intéresse : environ 20 % des entreprises informelles seraient détenues par des Gabonais, contre plus de 80 % par des étrangers.
Ces chiffres ne peuvent rester de simples statistiques
Ils ne doivent évidemment pas servir à opposer les Gabonais aux étrangers. Ceux qui viennent entreprendre chez nous saisissent les opportunités que notre économie leur offre, investissent, travaillent et y construisent leur vie.
Toutefois, derrière ces données se pose une question : assistons-nous à une marginalisation progressive des Gabonais dans leur propre économie ?
Commerce, distribution, transport, bâtiment, restauration, services et activités de proximité constituent autant d’espaces dans lesquels la place économique des nationaux mérite désormais d’être objectivement examinée.
C’est précisément à cela que doivent servir les statistiques : identifier les déséquilibres, en rechercher les causes et permettre d’affiner les politiques publiques.
Notre pays sait pourtant organiser l’émergence et le renouvellement de certaines catégories d’acteurs. L’État recrute et forme ses fonctionnaires, ses militaires ou ses diplomates.
Dans la sphère publique et politique, les nominations en Conseil des ministres, les différentes formes de cooptation, les désignations au sein des partis politiques ou encore les choix de candidatures aux fonctions électives participent, selon leurs règles propres, à la sélection et au renouvellement des élites.
Autrement dit, lorsqu’un pays veut préparer une relève, il sait créer des parcours, identifier des profils et organiser leur émergence.
Mais avons-nous consacré la même énergie à faire émerger des générations d’entrepreneurs gabonais ?
Pourquoi les nationaux sont-ils si peu présents dans certains pans de notre économie ? Est-ce une question de financement, de formation, d’accompagnement, de réseaux, d’accès au capital, de culture entrepreneuriale ou de transmission ?
Ces données nouvelles nous donnent aujourd’hui une photographie plus précise de notre pays. Elles doivent maintenant nourrir le débat et l’action publique ».



