Par Edgard MFOUBA
Entrepreneur, Ancien Directeur Général d’OKOUMÉ Capital
« Le Gabon n’a pas manqué d’initiatives pour promouvoir l’entrepreneuriat.
Il a surtout manqué de continuité, d’exigence et de résultats. Un paradoxe pour un pays qui revendique sa souveraineté économique, mais dont les nationaux restent insuffisamment présents dans la création de richesse.
Depuis plusieurs décennies, notre pays dispose d’un ministère chargé des PME, d’un cadre législatif et d’institutions dédiées.
L’ANPI, les incubateurs, Junior Achievement Gabon et les initiatives associatives ont contribué à former et accompagner des entrepreneurs.
En 2014, le président Ali Bongo Ondimba s’engageait personnellement à travers le Grand Prix de l’Excellence.
Plus récemment, le président Brice Clotaire Oligui Nguema lançait TAXI GAB et GAB Pêche pour favoriser l’accès des nationaux à certaines activités économiques.
Des initiatives louables, aux fortunes diverses, qui rappellent cependant qu’on peut distribuer des moyens de production, mais ni la vocation entrepreneuriale, ni la rigueur, ni le goût de l’effort.
Notre histoire financière est tout aussi édifiante. Le FODEX, le FAGA, la Banque gabonaise de développement, la Banque nationale de crédit rural et d’autres établissements spécialisés ont successivement porté les espoirs de l’entrepreneuriat avant de connaître des difficultés majeures ou de disparaître.
Nous semblons parfois condamnés à reproduire des mécanismes dont nous n’avons pas suffisamment tiré les leçons.
Okoumé Capital, que j’ai eu l’honneur de mettre en place et de lancer, introduisait le capital-investissement et l’accompagnement de proximité des PME prometteuses.
Avec les mécanismes de garantie, ces instruments devaient contribuer à faire grandir les entreprises. Leur discrétion actuelle ne favorise cependant guère l’émulation.
Un dispositif peu visible finit par paraître inaccessible au commun des entrepreneurs.
La BCEG a bénéficié d’une mobilisation présidentielle de 25 milliards de FCFA.
L’effort mérite d’être salué. Mais beaucoup de porteurs de projets ont besoin de fonds d’amorçage et d’accompagnement plutôt que de crédits bancaires, faute d’activité et de trésorerie suffisantes.
On ne finance pas la naissance d’une entreprise comme la croissance d’une activité déjà rentable. Le véritable bilan se mesurera aux entreprises durablement développées, pas seulement aux montants décaissés.
À cela s’ajoute un environnement des affaires souvent dissuasif : fiscalité, charges sociales, lourdeurs administratives, énergie incertaine et infrastructures insuffisantes.
Sans oublier les risques de favoritisme, de corruption, de conflits d’intérêts et de prête-noms.
_Comment bâtir une économie compétitive lorsque le mérite peut parfois compter moins que les relations ?_
Même nos propres comportements méritent aussi d’être interrogés. Impréparation, insuffisance des compétences, indiscipline de gestion, recherche du gain immédiat, manque d’ambition, individualisme et jalousie peuvent étouffer des initiatives prometteuses.
Et on ne devient pas entrepreneur simplement parce qu’une opportunité publique se présente.
Voilà notre paradoxe : des institutions, des lois, des concours, des milliards mobilisés, mais encore trop peu d’entreprises nationales capables de grandir, d’employer et de transmettre.
Or, la souveraineté économique ne se résume pas à la maîtrise politique de notre territoire ou à la possession de ressources naturelles.
Elle suppose que les Gabonais occupent une place significative dans la production, la transformation, le commerce et les services.
La réussite des investisseurs étrangers démontre que les opportunités existent. Leur présence n’est pas le problème ; c’est notre insuffisante participation qui doit nous interpeller.
Notre pays peine à préparer, à accompagner et à renouveler son élite économique comme il sait former et ériger ses hauts fonctionnaires, ses magistrats, ses officiers et ses diplomates.
Il ne peut se satisfaire de former uniquement des consommateurs, des salariés et des bénéficiaires de programmes publics. Il doit aussi voir émerger des propriétaires d’entreprises, des investisseurs et des industriels.
La souveraineté économique restera incomplète tant que les Gabonais ne deviendront pas davantage acteurs et propriétaires de la richesse créée sur leur propre territoire ».
*À suivre :* Partie 3/3 — Comment faire émerger une génération de grands entrepreneurs gabonais.



