Tribune / Qu’est ce qu’un pays émergent sur le plan économique ?

Par Georges Ateme MBA NDONG

Économiste

« Sur le plan de la théorie économique appuyée par les études empiriques des pays ayant franchi ce cap (Afrique du Sud, Égypte, Brésil, Argentine, Inde, Taïwan, Émirats Arabes Unies, Arabie Saoudite et nous en passons), l’émergence économique d’un pays est un concept, une notion précise qu’utilise les Économistes.

L’émergence économique est avant tout une notion exclusivement économique. Il n’y a pas de notion sociale, encore moins sociétale. Par conséquent, ne mélangeant pas l’émergence économique avec l’Indice de Développement Humain (IDH). La première sert d’intrant dans l’IDH. En d’autres termes, l’émergence économique est un plat que l’on met sur la table. Après avoir mis ce plat sur la table, les Femmes et les Hommes se partagent ce menu. C’est à ce moment qu’intervient la distribution (IDH), bien après que l’emergence économique soit obtenue. Nous répétons: ne mélangeons pas les pédales.

Ces derniers entendent par pays émergent, un pays qui a développé son économie via des indicateurs précis:

– une croissance économique essentiellement endogène, avec un taux de croissance économique avoisinant se situant entre 5% et 8% de son PIB et sur une période soutenue ;

– un capital humain bien formé, expérimenté, compétitif et répondant aux besoins du marché du travail, notamment la demande du travail ;

– une industrialisation forte et soutenue de son économie avec comme indicateur la Valeur Ajoutée Manufacturière/PIB (VAM/PIB) très élevée ;

– le développement des infrastructures de liaison (routes, corridors, ports, etc) en vue de permettre l’évacuation et l’exportation des matières premières transformées à moindre coût(et non l’exportation des matières premières brutes) :

– un climat des affaires incitant l’arrivée des Investissements Directs Étrangers (IDE) et une Gouvernance irréprochable.

Chez les Économistes, ce sont uniquement ces best practices qui fondent l’émergence économique.

1) Critère de la croissance économique endogène soutenue

Contrairement, à une croissance économique exogène qui est portée par l’envolée des prix sur les matières premières brutes (exemple: la flambée des cours de barils de pétrole sur les marchés internationaux à l’instar de la crise énergétique résultant du conflit dans le détroit d’Ozmuz et sur le détroit de Balb-el-Mandet, le déséquilibre entre l’offre et la demande sur les marchés internationaux, etc), la croissance économique endogène est la résultante des facteurs intérieurs d’un pays que sont: l’augmentation du volume de production des matières premières, la mise en exploitation et de la rareté de certaines matières premières, à l’instar des ressources minières de classe mondiale du gisement de Mabounié, non loi de Lambaréné en partant vers le carrefour Sindara), du contrôle véritable des compteurs et des pompes d’exportation de nos matières premières et non plus sur la seule base déclarative des producteurs de nos matières premières.

Tous ces éléments, sans oublier certaines dont nous avons omis de citer, permettent d’arriver à une croissance économique endogène soutenue. Cette croissance économique endogène doit être soutenue sur une période longue. Une croissance économique endogène soutenue fait référence à des taux de croissance économique de l’ordre de 5% à 8%, en raison de l’effet neutralisant de la croissance démographique dans les pays en développement (en moyenne de 2% par an), de l’effet de la croissance économique exogène des pays en développement résultant des variations des prix de matières premières sur les marchés internationaux (environ 3%) et du surplus engrangé par les économies en voie de développement (3%). Ce qui donne une moyenne de 8%.

C’est le premier indicateur de l’emergence économique.

2) Critere du capital humain formé et répondant à l’offre de travail

Comme le dit si bien, il n’y a de richesses que de la valeur des Femmes et d’Hommes. D’ailleurs, dans les modèles économiques, le travail est un facteur de production. Il vient comme deuxième facteur de production, après le capital, après que les modèles de croissance économiques aient intégré la Recherche et l’Innovation (modèle de Solow et divers approfondissements de ce modèle).

C’est dire que le travail est une ressource qui peut permettre de franchir toutes les étapes de l’industrialisation. L’État a l’obligation d’arrimer la demande de travail à l’offre de travail, au risque qu’apparaisse un déséquilibre structurel dans le marché du travail, déséquilibre qui peut conduire à un chômage élevé (chomage structurel, chômage conjoncturel, chômage frictionnel).

Certes, chez les Économistes, il y aura toujours un gap entre la demande de travail et l’offre de travail au dessous duquel tout État, ne peut en aucun cas, je répète, en aucun cas, parvenir au chômage zéro, sans malheureusement engendrer une inflation (voir la relation entre l’inflation et le chomage ou la courbe de NAIRU).

Le capital humain est le deuxième critère  pour qu’un pays soit émergent. Il faut des Femmes et d’Hommes, formés, expérimentés, compétents et compétitifs.

3) Critère d’une industrialisation forte et soutenue

L’industrialisation est un impératif, et non pas une alternative pour parvenir à l’émergence économique d’un pays.

Industrialiser, c’est transformer localement ses matières premières brutes pour en gagner plus de valeurs ajoutées, créér des emplois et d’absorber le chômage grandissant chez les jeunes.

En Économie, on utilise un indicateur clé: la Valeur Ajoutée Manufacturière/PIB.

Un pays est émergent si ce critère est également remplit. Pour cela, le secteur secondaire, c’est-à-dire l’énergie et l’industrie, on doit avoir une VAM/PIB élevée.

Cet indicateur doit être élevé, soutenu, se démarquer de la valeur initiale de départ et de la VAM/PIB des pays en développement et de se rapprocher des VAM/PIB des pays industrialisés.

En faisant une étude comparative de l’évolution de cet indicateur sur le temps par rapport à la VAM/PIB initiale de départ, et en procédant à un benchmarking par rapport aux pays similaire en termes de développement, si ce ratio augmente et est par ailleurs soutenue dans le temps, alors ce pays est en marche vers industrialisation. Lorsque ce ratio rattrape progressivement le niveau de la VAM/PIB des pays industrialisés, alors ce pays est émergent sur ce troisième critère.

4) Critère du climat des Affaires incitant l’augmentation des IDE

Le climat des Affaires est un élément propice pour savoir si un pays est émergent.

Par définition, le climat des Affaires est l’environnement économique, social, politique apaisée et juridique favorisant le développement des Affaires dans un pays. Si cet environnement n’est pas apaisé, les Femmes et les Hommes d’Affaires auront du mal à investir fortement dans un tel cadre, qu’ils ou qu’elles soient Gabonais(es), Africains (es) et des ressortissants d’autres Continents.

L’État étant beaucoup plus un Régulateur plutôt qu’un Acteur, bien que dans certaines circonstances, les cadres théoriques et conceptuels économiques admettent que l’État peut être un Acteur sur le plan économique, il n’en demeure pas moins vrai que l’économie d’un pays se développe davantage avec le secteur privé (Societes, Entreprises, Petites et Moyennes Entreprises, Entreprises individuelles, Artisans, etc). Voilà quelques chiffres pour étayer cet argument.

En moyenne, l’économie des pays industrialisés est tenue plus de 70% des sociétés et entreprises du secteur privé. C’est dire leur rôle dans les économies mondiales. Ces sociétés et entreprises se développent davantage, entre autres, par un climat des Affaires propice et apaisé.

De façon empirique, le Rwanda, l’Afrique du Sud, les pays du Golfe, l’Arabie Saoudite, le Brésil, l’Argentine, l’Inde, sont passés du stade de pays en développement à pays émergents, grâce à un climat des Affaires propice et apaisé. C’est dire combien de fois, le climat des Affaires influe fortement sur le statut de pays émergent.

Le quatrième indicateur de l’émergence économique d’un pays en termes du climat des Affaires est l’évolution continue dans le classement annuel du rapport Doing Business.

5) Critère des best practices ou de Gouvernance

C’est un point fondamental. La mauvaise gouvernance est nocive pour les pays. Rien que les pays en développement, nous ne voudront pas les citer, ne serait-ce que par respect des principes et usages diplomatiques. Très peu de ces pays en développement figurent dans la classe des pays émergents.

En revanche, les pays nordiques, tels que la Suède, la Norvège, le Danemark et la Finlande, il y a l’obligation de traçabilité et de redevabilité de l’argent public. La tolérance zéro en matière de détournements de fonds publics est de mise et de rigueur.

Des organismes et mécanismes de contrôle tels que l’Initiative pour la Transparence pour les Industries Extractives, en abrégé en français ITIE, a eu à rejetéer plusieurs pays en développement, pour insuffisance de transparence. Et lorsqu’un pays est rejeté par L’ITIE, c’est la baisse, voire l’arrêt des IDE, engendrant ainsi la baisse de la croissance économique nationale. Ce qui a pour effet indirect qu’un pays n’accède plus au statut de pays émergent. Nous pouvons également s’appuyer sur un indicateur autre que l’ITIE qu’est l’indice Mo Ibrahim qui récompense les pays ayant une gouvernance irréprochable.

Au terme de notre analyse, nous avons établi la différence entre l’émergence économique et l’augmentation de l’IDH, encore appelé trivialement l’émergence sociale.

Pour qu’un pays accède au statut de pays émergent, il faut remplir simultanément les cinq critères développés précédemment. Si un seul de ces critères n’est pas rempli, le pays ne peut accéder au statut de pays émergent.

Empiriquement, c’est ce qui s’est passé dans les pays qui se lancés vers le processus de l’émergence qui est un processus difficile, de long haleine et de remise en cause des vieilles pratiques, lesquelles obstruent le passage de pays en développement en pays émergents. Toutefois, à la fin de ce processus, ces pays ont accès, au prix de nombreux efforts, au rang prestigieux de pays émergents ».

apropos de l auteur

La Redaction

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