Par Jean Frédéric NDONG ONDO
Haut fonctionnaire*
« Le rejet massif, ce vendredi 8 mai 2026, du projet de loi fixant les nouvelles règles de l’activité de crédit au Gabon marquera sans doute un tournant dans l’histoire de notre législature.
Au-delà du simple revers arithmétique pour l’exécutif, c’est la victoire de la rigueur technique sur une tentative de passage en force politique qu’il convient de saluer.
Le pari risqué de la « domination par l’ignorance »
Le gouvernement, porté par des figures dont l’expertise est pourtant indiscutable, semble avoir succombé à une forme de condescendance institutionnelle.
En présentant un texte jugé « immature », tout en faisant fi des garde-fous de la COBAC et de la CEMAC, Thierry Minko, Ministre de l’Économie, a fait un pari dangereux : celui de s’appuyer sur une supposée méconnaissance des dossiers par les députés pour imposer sa réforme.
En choisissant de ne pas rechercher de consensus préalable avec la Commission des Finances avant la présentation en plénière, l’Exécutif a clairement misé sur un passage en force.
Ce calcul, fondé sur l’idée que la solidarité partisane de l’UDB l’emporterait sur l’examen de fond, rend ce rejet d’autant plus douloureux.
C’est le désaveu d’une méthode qui a confondu majorité parlementaire et chèque en blanc.
Le duel des maîtres de la technique
Le sel de cet épisode réside dans la confrontation feutrée, mais implacable, entre le Ministre et la Présidente de la Commission des Finances. Nicole Roboty Mbou, qui fut jadis sous la responsabilité de Thierry Minko à la Direction de la Dette avant d’occuper elle-même le fauteuil ministériel, a opposé à son ancien mentor une fin de recevoir purement doctrinale.
Là où le gouvernement a tenté de jouer sur l’asymétrie d’information, Mme Roboty Mbou a répliqué par la maîtrise absolue du sujet. En rappelant l’obligation impérieuse d’arrimage aux normes communautaires et en exigeant une révision du Taux Effectif Global (TEG) pour préserver le panier de la ménagère, elle a rappelé que la souveraineté ne s’exerce pas dans le mépris des procédures.
Le curseur est désormais replacé : l’intérêt du citoyen et la sécurité du système financier ne sauraient être sacrifiés à la précipitation administrative.
Vers une nouvelle « Élégance Républicaine »
Ce revers n’est pas une rupture de ban, mais une exigence de mise à niveau. Comme l’a souligné le Président de l’Assemblée, Michel Régis Onanga M. Ndiaye, le rôle du Parlement est d’adapter les textes aux réalités concrètes des Gabonais, loin de tout suivisme.
Le message envoyé à l’exécutif est sans ambiguïté : l’expertise, aussi brillante soit-elle, ne vaut pas droit de passage. Même le plus aguerri des technocrates doit se plier à la discipline de la concertation.
Pour que ce projet de loi soit de nouveau examiné, il devra désormais s’habiller de cette « élégance républicaine » qui réconcilie enfin la compétence technique et l’humilité politique.
Le temps des raccourcis législatifs et du mépris du travail parlementaire est révolu ».



