DIG / Le Conseil des ministres du 30 avril 2026 a entériné un projet de décret imposant le port de la tenue africaine chaque vendredi dans l’administration publique.
Les agents de l’État devront désormais arborer leurs couleurs continentales en fin de semaine. Une décision présentée comme un acte de souveraineté culturelle et de promotion du « made in Gabon ».
Sauf que le Gabon ne fabrique plus grand-chose à montrer.
SOTEGA à l’arrêt
La Société Industrielle Textile du Gabon, la SOTEGA, en est l’illustration la plus criante.
Fondée en 1968 grâce à un financement de la Banque Européenne d’Investissement et entrée en activité l’année suivante, elle imprimait à son apogée plus de 6,4 millions de mètres de tissu par an.
Une puissance industrielle qui habillait des générations de Gabonaises et de Gabonais, au point de donner son nom à un quartier entier du 2ème arrondissement de Libreville.
Aujourd’hui, l’usine est à l’arrêt. La SOTEGA a rejoint le cimetière des fleurons industriels sacrifiés sur l’autel de la concurrence asiatique et de la myopie économique des décennies passées, emportant avec elle la Soveman et la Sogatex.
Paradoxe
La question que pose ce décret est donc simple, presque brutale : A quoi sert d’imposer le pagne dans les bureaux si les pagnes en question sont tissés à Guangzhou ou Dakar etc. ?
Le gouvernement de la Ve République entend valoriser le patrimoine vestimentaire local et renforcer le sentiment d’appartenance nationale.
L’intention est louable. Mais une politique culturelle sans ancrage industriel ressemble davantage à un exercice de communication qu’à un projet de développement.
Interrogation
Promouvoir le port du pagne sans ressusciter ou au moins interroger les conditions de la faillite de la SOTEGA, c’est habiller un vide.
L’État gabonais dispose pourtant de leviers : relance d’une filière textile locale, soutien aux artisans et aux PME du secteur, conditionnement des marchés publics à l’approvisionnement national.
Autant de pistes qui auraient pu accompagner ce décret pour lui donner une substance économique réelle.
En l’état, le vendredi en pagne risque de rester ce qu’il est pour l’instant : une belle image, sans tissu derrière.



