DIG / Depuis son inauguration en 2011, la Zone d’investissement spéciale (ZIS) de Nkok s’est imposée comme le véritable poumon industriel du Gabon. Ce pôle de 1 126 hectares, co-géré par l’opérateur ARISE IIP et l’État gabonais, affiche une trajectoire financière exponentielle.
Alors qu’elle ne faisait tourner qu’une poignée d’usines à ses débuts, le rapport de situation de l’administrateur de la zone indique qu’elle abrite désormais 144 entreprises originaires de 17 pays, diversifiées dans 22 secteurs industriels.
Cet écosystème ultra-performant a littéralement changé d’échelle en une décennie, transformant le tissu économique national par une stratégie agressive de transformation locale, notamment dans la filière bois.
Un quadruplement historique des revenus en huit ans
Les indicateurs comptables de la zone témoignent d’un décollage sans précédent, comme le soulignent les synthèses des cabinets d’audit économique de la place.
À cette époque, le chiffre d’affaires cumulé des opérateurs de la zone s’élevait à 184 milliards de francs CFA.
En l’espace de huit ans, portées par l’interdiction d’exporter les grumes brutes et par des incitations fiscales massives, ces performances ont quadruplé pour atteindre le pic historique de 704 milliards de francs CFA en 2022 selon le bilan décennal officiel publié par ARISE IIP.
Cette explosion des revenus légitime, sur le plan purement macroéconomique, le pari de l’industrialisation « made in Gabon » et la collaboration public-privé.
Des sommets financiers face au mirage du développement local
Bien que les données consolidées et les analyses des médias d’information économique régionaux maintiennent Nkok au rang de premier exportateur du pays, cette opulence financière accentue un contraste saisissant avec son environnement immédiat.
Face à ces centaines de milliards de francs CFA qui transitent par la zone, les retombées directes pour les populations locales peinent à se matérialiser.
Le tissu industriel génère certes des milliers d’emplois, mais la richesse brute thésaurisée par ces multinationales ne se traduit pas par un développement structurel visible des communautés environnantes, qui attendent toujours des infrastructures de base de qualité.
L’angle mort de la RSE : Une prospérité à double vitesse
Ce décalage flagrant met en lumière le grand point faible du miracle économique de Nkok : la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
Comme le rappellent régulièrement plusieurs enquêtes de la presse gabonaise indépendante, l’absence de redistribution locale volontaire ou de projets de développement durable d’envergure par les industriels commence à fissurer le storytelling officiel.
Alors que le chiffre d’affaires global de la ZIS flirte aujourd’hui avec des sommets vertigineux, le silence persistant des 144 entreprises sur leurs obligations morales et sociales envers le Gabon profond transforme cette réussite comptable en une prospérité de façade, de plus en plus contestée par la base.



