DIG/ FlyGabon a rendu public, le31 juillet 2026, un communiqué dans lequel la compagnie nationale s’inquiète du montage financier de la future aérogare de Libreville, sur le site d’Andeme.
Selon l’opérateur, le budget du projet atteint aujourd’hui 259 milliards de FCFA, alors que des projets comparables dans la sous-région oscillent entre 42 et 110 milliards de FCFA.
Un écart que la compagnie juge difficilement soutenable et qu’elle redoute de voir répercuté sur les usagers, sous forme de nouvelles taxes ou redevances aéroportuaires.
Un trafic déjà fragilisé
L’alerte intervient dans un contexte de recul du trafic passagers à Libreville, qui aurait perdu près de 100 000 voyageurs depuis 2018, à contre-courant de la dynamique observée ailleurs sur le continent.
Pour FlyGabon, une hausse des coûts d’escale accentuerait ce décrochage : renchérissement des billets, réduction de la desserte par les compagnies étrangères et détournement du trafic vers des hubs régionaux plus compétitifs.
La compagnie y voit un risque direct pour le tourisme et l’activité économique nationale, alors que plusieurs pays africains choisissent au contraire d’alléger leurs coûts d’accès pour élargir leur base de trafic.
Un financement international déjà engagé
Le projet n’en est pas à ses débuts. Dès juillet 2025, Afreximbank avait signé, aux côtés des autorités gabonaises et de l’opérateur GSEZ Airport SA, la fiche indicative de financement du futur aéroport international d’Andeme.
Le prêt, d’un montant de 290 millions d’euros (environ 190 milliards de FCFA), se répartit entre Afreximbank, qui apporte 100 millions d’euros, et un consortium bancaire régional réunissant BGFI Bank Gabon et AFG Bank Cameroun, pour 190 millions d’euros.
L’infrastructure prévue est dimensionnée pour une capacité de 2 millions de passagers par an, avec un terminal de 22 500 m², une zone fret de 25 000 tonnes et une piste calibrée pour les gros-porteurs.
Le nœud du problème : qui paiera la facture
Ce que révèle la sortie de FlyGabon, c’est moins une opposition au projet lui-même qu’une inquiétude sur son modèle économique. Un aéroport aux standards internationaux suppose un investissement lourd, mais rien ne garantit que le trafic actuel (déjà en repli), puisse absorber son amortissement sans effet dissuasif sur les prix.
La compagnie, détenue à 56 % par l’État et à 44 % par des actionnaires privés, se retrouve ainsi en porte-à-faux : héritière d’Afrijet Business Service et bras aérien du plan de souveraineté économique, elle est à la fois partie prenante de la stratégie nationale et première concernée par ses effets sur les coûts d’exploitation.
Un arbitrage à trancher rapidement
Le dossier place les autorités gabonaises devant un choix structurant : privilégier une infrastructure vitrine, pensée pour soutenir les exportations minières, pétrolières et forestières, ou préserver la compétitivité tarifaire d’un hub déjà fragilisé.
Sans clarification sur la répartition du financement et sur les mécanismes envisagés pour éviter une répercussion mécanique sur les usagers, le risque est que l’aéroport d’Andeme, conçu comme un levier de croissance, devienne au contraire un frein à la connectivité régionale du Gabon.



