Affaire Mauro : Près de 9 milliards de FCFA pour un monument historique, est-ce bien raisonnable face aux priorités du quotidien ?

DIG / Près de 9 milliards de francs CFA. C’est la somme désormais engagée dans la construction du monument Georges Damas Aleka, sur le front de mer de Libreville.

Un chiffre qui donne le vertige lorsqu’on le rapporte à sa fonction première : honorer la mémoire d’un homme, premier président de l’Assemblée nationale et auteur de l’hymne national.

Plus de 8,5 milliards de francs ont déjà été décaissés sur fonds publics, auxquels s’ajoute une enveloppe d’urgence de 300 millions débloquée pour boucler la façade et rendre l’ascenseur du musée opérationnel avant les célébrations du 17 août.

Deux ans de retard, un budget qui n’a cessé d’enfler : le chantier de la mémoire nationale est aussi devenu un cas d’école de dérive budgétaire.

Des chiffres qui racontent une autre histoire

Derrière la façade patrimoniale, les documents qui ont circulé ces dernières semaines dessinent une trajectoire financière chaotique.

Le budget initial aurait été amputé de 2,7 milliards sur injonction présidentielle, avant que les délais d’exécution ne soient compressés de quatorze à dix mois.

Un mât porte-drapeau à lui seul aurait coûté 148 millions de francs, imposé en cours de route. 23 mois cumulés de retards de paiement auraient par ailleurs désorganisé le chantier.

Comment un projet aussi rigoureusement budgétosé au départ a-t-il pu déraper à ce point ? La question mérite d’être posée sans détour.

La question des priorités

Neuf milliards de francs, c’est aussi une unité de mesure. Rapportée aux besoins quotidiens des Gabonais : un système de santé sous tension, des infrastructures scolaires vieillissantes, un accès à l’eau et à l’électricité encore inégal selon les provinces, cette somme interroge nécessairement sur la hiérarchie des priorités publiques.

Un monument est un investissement dans la mémoire collective, personne ne le conteste. Mais à quel prix, et à quel moment, un pays doit-il choisir entre le symbole et le service rendu à sa population ?

Le débat n’est pas nouveau, mais il prend ici une dimension concrète, chiffrée, difficile à ignorer.

Qui doit rendre des comptes ?

Face à l’ampleur du dérapage, la Présidence a annoncé que l’entrepreneur attributaire du marché initial devra répondre en justice, dès le lendemain du 17 août, de la gestion des fonds publics et du non-respect de ses engagements contractuels.

Une réponse qui a le mérite de la fermeté, mais qui laisse une question en suspens : la responsabilité peut-elle être portée par un seul homme, quand certains éléments évoquent des arbitrages budgétaires et des modifications décidées au sommet de l’État ?

Un montage contractuel où concepteur, exécutants et contrôleurs se retrouvent liés par une même convention interroge aussi sur l’indépendance du contrôle technique qui aurait dû, en théorie, prévenir ce type de dérive.

Un symbole qui ne doit pas éclipser le débat de fond

 Le 17 août prochain, le monument Georges Damas Aleka devrait accueillir les célébrations de l’indépendance, façade terminée, ascenseur fonctionnel.

Mais l’inauguration, aussi solennelle soit-elle, ne suffira pas à clore un débat plus large sur la gouvernance des grands chantiers publics.

Entre hommage légitime à une figure historique et gestion défaillante des deniers publics, l’affaire Mauro restera un test : celui de la capacité de l’État à tirer les leçons d’un dérapage budgétaire, plutôt que de se contenter d’une mise en scène judiciaire à la veille des festivités nationales.

 

 

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La Redaction

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